Lundi 3 décembre 2007
De l'adaptation.
(première partie)




   

    Si une question est devenue prédominante dans le cinéma actuel, c’est bien celle de l’adaptation. Hollywood, surtout, les a multipliées ces dernières décennies. Ce qui ne veut pas dire que le cinéma "d’autre fois" en fît l’économie ; en 1924 Fritz Lang adaptait la mythologie des Nibelungen, Lean en 1948 Oliver Twist, Welles lui-même signe des chefs d’œuvre d’après Shakespeare et Kafka. Les exemples rempliraient une encyclopédie. L’adaptation ou le d’après est un vieux processus artistique. Combien de livrets originaux pour l’opéra ? De mythes ovidiens dans la peinture ?
Ce qui est nouveau ou exacerbé du moins dans le cinéma moderne c’est le grappin économique qu’on voit s’accrocher jusqu’à l’absurde à l’adaptation. Rien à voir entre un auteur qui donne naissance à son œuvre dans le terreau d’une autre et l’économie-cinéma qui se met en marche. Qui a adapté l’œuvre culte de Fante l’année dernière ? Hum.

Il y a sans doute un tas de raison, si à moi, les films adaptés de me semblent plus nombreux qu’avant. Le fait que les studios aient intégré ce marché créé nécessairement un bruit de fond plus entêtant que lorsque les auteurs seuls s’en occupent. Qui sait que Kubrick a adapté Schnitzler ?
Mais ce n’est pas ces raisons-là qui nous intéressent, c’est plutôt la forme moderne des adaptations, qui marque peut-être pour le coup une vraie rupture d’approche. Une rupture intéressante parce que symptomatique de ce qu’est une certaine sorte de cinéma. Nous n’allons pas jouer aux devinettes ici, dans ce qui n’est qu’une approche rapide et stéréotypée de la question : cette rupture c’est le pas franchi dans le medium par l’action au détriment de la singularité de ce medium.*

* : On prendrait presque le problème à l’envers, tant la prédominance de l’action est aussi le fait du Nouvel Hollywood.
Fritz Lang pouvait se permettre avec son Mabuse de briser toute cohérence entre les films où il apparaît. Seul le personnage et son intérêt cinématographique comptait. James Bond est un bon exemple de cette inversion (tardive ici) : Casino Royal marque la volonté de créer une logique narrative, chose impensée jusqu’alors dans la série. Une histoire est plus simple à monter qu’une idée de cinéma. Comprendre l’action de Film de Beckett n’est pas en comprendre le sens cinématographique. Plus abordables sont les histoires ; en tout art. Le gros de la littérature vendue mélange polars, intrigues historiques, anecdotes romancées ; la fierté affichée face aux merveilleuses ventes de L’Amant de Duras n’est pas représentative, on le sait.
Il n’est pas question pour autant de dévaluer l’action, son importance dans le fonctionnement de l’imaginaire est primordiale ; qu’on se souvienne du plaisir différé à avoir entendu tant de conte dans notre enfance, et à en attendre encore. On ne va pas s’attarder non plus sur les raisons qui poussent le cinéma à s’en nourrir de plus en plus. On deviendrait vite normatif par manque de recul. Surtout que l’art moderne prend le contre-pied de cette tendance, la peinture n’a jamais été moins figurative et narrative qu’aujourd’hui (bien qu’elle ait tout de même fait de l’acte sont centre névralgique, mais passons). Gardons-nous donc des jugements sociaux-centrés et des fausses impressions.
Ce qui est intéressant est la liaison qui s’est formée entre adaptation et action. Irrémédiable dépréciation des films qui adaptent, leur manque navrant de cinéma. On en oublie que la singularité du cinéma comme art n’est pas dans la narration d’histoire, c’est-à-dire d’actes. L’action n’est pas constitutive du cinéma. Autant réduire l’opéra à son livret, le mouvement au vecteur.


Leone dans son carnet d’entretien1 (chaudement recommandable même si l’on n’aime pas son cinéma) reproche à Bergman sa propension à faire de la littérature. Il y a matière à discussion dans cette sentence mais la chose est compréhensible si on considère Scènes de la Vie Conjugale et ses six longues heures de dialogue. Le film de Bergman (en fait une mini série, qu’il faut absolument voir dans cette configuration) n’est certainement pas du cinéma à proprement parlé tant la mise en scène est réduite à l’utile et l’idée de montage inexistante. Six heures de dialogue filmés, moins de six actions autour de ces dialogues. Tout passe par les mots, accompagnés d’expressions faciales. Ce n’est d’ailleurs pas tant à la littérature que le film se rapporte qu’au théâtre. Mais sans mise en scène de l’espace non plus, ni des corps. Bergman ne pouvait pas raconter Scène de la Vie Conjugale autrement qu’en filmant, la nécessité d’être au plus prés des faciès l’interdit. Sans peut-être exploiter véritablement les singularités du cinéma, Bergman se situe malgré tout en deçà (ou au-delà) de l’histoire. Parce que l’histoire n’est pas l’intérêt du film et l’action qui la mène est d’un ordinaire confondant. L’introduction à La Communauté de l’anneau de Jackson montre plus d’acte que les six heures de pellicule de Bergman.
Quant Eisenstein reproche aux montages de Griffith d’être plus capitalistes que cinématographiques, on est encore loin, qu’on adhère à la théorie d’Eisenstein ou pas, d’une rupture entre le medium et ses formes constitutives. Lorsque Donen et Kelly donnent à Chantons sous la pluie les traits d’une comédie musicale on est toujours encore dans la nécessité de faire passer l’œuvre par le medium cinéma.
Que le medium soit devenue un accident dans le processus d’adaptation c’est ce que démontre justement la trilogie de Peter Jackson, adaptée de Tolkien.


Jackson a certainement compris la portée du Seigneur des anneaux, ou du moins a t-il compris que l’œuvre de Tolkien possédait une portée outre son histoire (et la portée se construit toujours outre l’histoire, le mythe par exemple) ; sinon, pourquoi apporter tant de soin démesuré dans la reconstitution de son background, tant d’application à faire apparaître même le plus insignifiant des détails, à retranscrire en image la moindre action des livres ? Que présente pourtant les films de Jackson, outre la ramification d’alliances et de pouvoirs, outre une lutte contre le mal et une réunion des désententes pour aller au delà de ce mal* ? Outre un panaché d’imaginaire entre tradition et récupération ? Outre une histoire haletante, suffisamment complexe par la diversité des personnages et des actions pour ravir un public qui ne serait pas touché par l’exotisme de l’univers ?

* : On ne peut pas comprendre la signification de l’œuvre de Tolkien à l’aune de son action, aussi palpitante et bien construite soit-elle. Si Tolkien lui-même passe tant de pages à pratiquer de longues observations sociales et historiques, touchant presque à de l’anthropologie d’être imaginaire, ce n’est pas tant pour donner une consistance hypnotique à son histoire que pour désaxer l’intérêt de son propos. C’est l’importance de la figure de l’elfe, figure que Jackson échoue à retranscrire dans son médium et plus certainement dans sa compréhension de l’œuvre de Tolkien.
Le livre de Tolkien est avant tout la description de la fuite au sein du monde de ce qu’il nomme "le merveilleux". La façon dont ce merveilleux s’échappe des régions humaines pour laisser l’homme dans l’age plus froid de la raison, dans l’âge où seul il est résidant et responsable du monde. Les elfes, justement, représente ce merveilleux ; période plus hypnotique du point de vue de l’homme, plus proche du divin et de la magie, où ceux qui ont affaire au monde sont moins laissés en eux même dans ce monde. Les elfes au début du seigneur des anneaux quittent les terres pour rejoindre la source du merveilleux, source qui a décidé de ne plus intervenir dans le monde. Les hommes d’emblée leur en veulent, héritant seul de la création, sans plus pouvoir demander des comptes ou de l’aide aux créateurs.
Dans la mythologie de Tolkien, le Seigneur des anneaux fait office de transition entre le troisième et le quatrième âge, "âge des hommes". Il n’est pas indifférent que Tolkien ait longuement développé dans plusieurs œuvres (posthume pour la plus part) tout l’avant du Seigneur des Anneaux (c’est à dire de la création à la fin du troisième age) mais n’est rien dit sur l’après. C’est que précisément il n’y a plus rien à dire, puisque ce quatrième âge est le nôtre et affaire d’historien plus que de littérature. Le merveilleux ou la fantaisie est toujours imagination, supposition, rêverie de notre part ; il a quitté nos terres.
Le merveilleux n’existant pas/plus dans notre monde d’homme, il doit être induit dans des mondes parallèles (la Terre du Milieu) en deçà ou au delà (la science fiction, en partie) du notre. Tolkien écrit ses livres, le serpent se mord enfin la queue.
Cela fait de livre de Tolkien une des œuvres les plus poignantes sur la mélancolie, celle d’un temps magique, à jamais perdu ou caché, où le monde avait encore quelque chose à dire sorti de nos voix, où l’aventure possédait un quelque chose d’irréductiblement sur-humain.
Sauron, le grand méchant sans corps du livre, représente non pas le mal absolu ennemi de toutes les nations comme Jackson veut le résumer mais un mal, certes, réfugié dans l’instinct. Sauron c’est la part autonome du merveilleux qui ne veut pas quitter la Terre du Milieu, rassurante, attachante en ce sens, qui résiste au choix de son créateur et dans une moindre part à celui des hommes qui voient malgré tout la nécessité qu’un âge de raison advienne. Tuer Sauron c’est dire adieu au merveilleux, c’est à la fois préserver sa vie et l’échouer dans un monde de responsabilité froide et d’absurde sans voix.
Lorsque Jackson oublie de préciser dans ses films que l’anneau d’or de Sauron préserve l’existence de ceux des elfes (anneaux magiques à travers lesquels souffle une part du merveilleux) il oublie encore le sens des livres. Tuer Sauron et détruire l’anneau c’est doublement laisser s'en aller le merveilleux.
L’hésitation de Frodon face au dénouement est celle d’un homme qui aime son ami le magicien, son compagnon nain, ses rois à la généalogie magique, et ne veut pas avoir à se passer d’eux sous des prétextes d’homme. Frodon qui détruit l’anneau, c’est aussi l’abandon de l’aventure, le retour à l’ordinaire de la raison, au quotidien social avec comme unique possibilité d’échappatoire le conte, retranscrit inventé amplifié seul dans sa maison, mourrant de ne plus participer à l’extraordinaire (c’est la figure de Bilbo). Si la fin des films de Jackson a été tant décriée (alors qu’elle est l’un des passages les plus justes) c’est certainement parce que cet aspect de l’œuvre est tu pendant les neuves heures précédentes.
Le livre, qui compte plusieurs centaines de pages après la mort de Sauron, est plus cohérent : il faut analyser la dernière échappée du merveilleux. Ainsi chaque protagoniste quitte en son temps la Terre du Milieu. Il est normal que les derniers témoins du merveilleux disparaissent avec lui. Ultime tristesse de l’âge des hommes : la figure du héro rejoint sa place au rang des mythes.



1 Noël Simsolo, Conversation avec Sergio Leone, Petite Bibliothèque des Cahiers du cinéma.



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Mardi 13 novembre 2007
La fin d’année apporte son lot de classement en tout genre. En voici un premier : les meilleurs ébats sexuels dans un film cette année.

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Certes, apparaissant sur un blog qui ne compte que 5 billets et pas beaucoup plus de visiteurs, on peut voir là une opportunité de faire monter ses stats avec un titre racoleur. On n’aura pas tort.
Néanmoins, que certains films puissent se valoir de filmer intelligemment des actes sexuelles mérite amplement qu’on y revienne dessus. Quant on voit à quel point la majeure partie des films peine à construire une vraie tension dramatique dans leur scène, il est intéressant que certains y parviennent, et y parviennent au sein de scènes sexuelles qui plus est. Attention, on ne met pas en avant ici des scènes du cul bien filmées comme on peut le voir faire souvent avec les scènes d’action, car il n’est pas question de couper dans l’œuvre et d’y extraire quoi que ce soit ou de s’étendre sur l’érotisme de certains plan au profit d’autres. Une scène réussie peut l’être en soi mais doit l’être au sein de l’ensemble. Un film malade résiste précisément à lier ses parties, un film qui n’en lie aucune se nomme un film X. Ne mélangeons pas tout ; rien à voir entre le voyeurisme de Eyes Wide Shut et d’une Emmanuelle, rien à voir entre la dialectique d’History of Violence et celle d’un American Pie. Le cru de Little Children, puisque c’est lui notre gagnant, n’est pas plus comparable à celui de Shortbus (bon film au demeurant).

Little Children gagne donc cette palme ; un des films américains les plus intérvlcsnap-1552877.pngessant/imparfait de l’année, sur lequel il y aurait beaucoup à dire. Mais concentrons nous rapidement sur ce qui lui vaut l’honneur d’apparaître ici : les scènes d’ébats sexuels.
Dans ses trois ou quatre scènes Todd Field synthétise au mieux la relation des personnages, tant la froideur de leur environnement, inhospitalier comme les lieux où ils s’ébattent, que le caractère inhabituel de leur acte comme un briseur de quotidien (les lieux sont aussi peu propices à leurs activités sexuelles que strictement familiers). Le caractère plutôt sans gêne et crue de leurs ébats appelle ce que confirmera la fin du film : palliatif sans affection, leur relation est accessoire et cache/bouscule un désordre métaphysique dont l’enjeu est avant tout soi-même. Les modalités de la rencontre entre les deux protagonistes le montre : c’est avant tout pour soi qu’on va vers l’autre, rien qui rappelle un sentiment ou même une pulsion ne rentre en compte. On fait d’ailleurs peu cas de ces scènes, certaines arrivent et meurent sans transition. Elles sont un trou dans le quotidien qui n’a de valeur que toute relative à la teneure de ce quotidien. Lorsque le champ cesse d’être bombardé, le trou n’est plus qu’un accident du paysage.
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Bref, ces scènes sont marquantes car elles lient, plus que n’importe quelle autre les éléments du film, les fantasmes et ambitions des personnages. Il suffit de voir le parallèle évident entre ces excursions charnelles et la scène du club de littérature où Sarah exprime clairement la valeur qu’elle leur donne.

Une qualité d'action rare, surtout quand on parle de sexe au cinéma où souvent il n'est question que d'appâter le poisson male, qui valait bien un billet et une première place.




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Lundi 12 novembre 2007
Black Book
Paul Verhoeven
2006





1181081960-18670164.jpgRésistants et nazis se chamaillent en Hollande, les uns envoient femmes fatale les autres forcent à la traîtrise. Bref, l’histoire est connue, et même répétée chez Verhoeven. Black Book est classique, le territoire n’instaure aucun particularisme. Classique jusqu’à son désir d’universalité donc. La guerre de toute façon et son contexte politique est comme souvent chez Verhoeven (Starship Troopers) et chez d’autres un bon prétexte à l’étude de mœurs. On sait que notre réalisateur aime cette ethnologie-là, support de ses pires films. Verhoeven n’est jamais aussi bon que lorsqu’il désengage ses personnages du singularisme pour les inscrire dans des desseins plus vastes ; c’est le cas Starship Troopers et son ironie morbide, c’est l’anti-cas Showgirls est ses sujets gangrenés dans des schémas moraux/éthiques absurdes. On se souviendra longtemps du « Elle danse comme elle baise », sentence en leitmotiv au projet ethnologique le plus raté du réalisateur.


Black book est une bonne surprise du coup, son étude de cas n’atteignant pas la médiocrité de Showgirl, ou tout du moins, la médiocrité de l’étude de cas ne vampirise pas l’action, relativement passionnante du film. Le propos de Black Book est simple, la ténacité avec laquelle Verhoeven l’applique à chaque moment du film mérite de devenir légendaire. Personne n’est innocent, ni coupable. La maxime et ses variantes sont répétées jusque dans les derniers plans, déclinées à chaque personnage, appliquées à chaque situation.
Ainsi les passeurs se font traîtres, les libérateurs bourreaux sadiques, les juifs victime mais victime poussives, les nazis modérés, les résistants peinent à rendre la confiance qu’on leur donne, les héros de guerre collaborent, les femmes de boche pleurent les actes dont dépendent leur survie. J’en passe.
Black book est un nivellement par le centre, un anti-manichéisme convaincu. Une juive clandestine prend le soleil au bord d’un lac mais n’hésite pas à flirter avec un jeune hollandais, bateau passant. Ceux qui la cachent n’hésitent pas eux, à réprimander sa religion au nom de la leur, comme on veut contenir une pulsion démoniaque. On brûlait des gens pour leur bien fut une époque. Le cynisme stérile de Verhoeven approuve puisque aucune échappatoire n’est tracée ni même espérée. En lieux et place une pancarte : « Ce sera toujours la même rengaine ». On comprend que l’homme veuille faire un film sur Jésus, le messie sacrifier à des fins politiques, pour qui la cruauté d’autrui était fondamentale au succès du plan. Traiter à sa sauce toutes les parts de l’Histoire est encore le meilleur moyen pour Verhoeven de prouver la justesse de sa vision.

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D’Histoire, il en est question dans Black Book. Dès lors que tous sont mi-corrompus mi-excusables, la question du jugement se pose. Qui va statuer sur le cas Müntze, chef nazi qui a défaut de sauver des vies n’a pas rallongé la liste des morts, et sur le cas Akkermans, héro-traître de la résistance ? Certainement pas l’Histoire.
La scène, où un général allié se plie à des lois martiales hors propos face à un général nazi pourtant destitué, est constitutive. L’un demande à l’autre l’application de règles étranges, comme s’ils ne souhaitèrent en d’autre occasion s’éradiquer l’un et l’autre, comme si la guerre et la victoire participaient à un jeu de hasard, à une puérilité.
L’Histoire, nous dit Verhoeven, s’écrit au sein de stéréotype, répondant ainsi à une demande de fantasme plus qu’elle ne crée une reconstitution. Caractère partial et artificiel de la marche du monde, miroir des généraux ennemis appliquant des codes de courtoisie. Müntze fait les frais de cette dialectique populaire, chef nazis il est nécessairement plus corrompu que d’autres et doit mourir. L’Histoire ne rend pas justice. D’ailleurs Akkermans-le-tueur est porté à nue par la foule. Sa mort n’est pas du domaine de l’Histoire, sa justice à lui est celle des hommes. C’est en marge de l’Histoire que la justice fait ses comptes. Le livre noir dont il est question dans le titre en est le symbole : répertoire et carnet de bord officieux d’un notaire discret, il livrera à l’action la marche à suivre. L’Histoire, elle, ne retiendra pas l’existence de ce montreur de vérité, auquel il devient primordial de rendre hommage dans un titre.
Les derniers plans du film achèvent d’instaurer cette loi comme valable en tout temps, hors de tout contexte exceptionnel. 


Reste que Verhoeven n’a peut-être pas tort de rappeler à nos mémoires la légitimité/possibilité d’un tel propos. Dans un contexte cinématographique où les grands succès publics se construisent loin de toute question morale, son langage peut apparaître comme un vent frais. Mais dans sa lutte fervente contre le manichéisme se crée un nouveau genre de nivellement, celui de l’univocité absolue où tout se vaut, et se vaudra toujours. C’est sans doute ici, dans son propre film, la victoire de ce qu’il dénonce : à force de manichéisme le prochain stade se forme par réaction et n’entend plus que la voie de la contestation stérile.

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Mercredi 7 novembre 2007
Death Proof
Quentin Tarantino
2007



On m’a fait une remarque intéressante sur le dernier film de Tarantino, disant de lui qu’il est un des meilleurs navets de ces dernières années. Surprise. Parlons d’abord un peu de ce qui nous a plu.

18759774-w434-h-q80.jpgLa structure en deux temps de Death Proof et la confusion morale qui lui est intrinsèque est pertinente, la vengeance pour laquelle le spectateur frémi n’en étant pas vraiment une. Les deux groupes de filles n’ont pas d’histoire en commun. La violence avec laquelle l’assassin est puni en devient presque superflue, comme le plaisir évident des filles à le sanctionner. Et ce, d’autant plus que passée la frayeur de l’agression, les filles cascadeuses ne font pas l’économie d’une puissante force de destruction, au-delà du seul instinct de survie. C’est un dilemme entre deux intensités.
La première, qui veut que nous soyons le gardien de la mémoire des actions de Mike, tend vers une juste vengeance à la proportion de ses actes. Il doit être puni brutalement, sans compassion. La seconde est moins catégorique. D’abord les filles menées par Rosario Dawson ne sont pas innocentes ; elles aussi mettent en danger la vie d’autrui pour le fun. Leur jeu n’est pas moins absurde que celui de Mike. Puis, elles sont aussi moins « en détresse » que le premier groupe : toutes cascadeuses, sachant visiblement trop bien se défendre. La figure de la jeune fille éplorée et sans défense ne tient plus lieu d’argument dans le jugement qui est à rendre. Cette intensité là, si elle est prise en soi, en dehors de celle en cours dans la première partie du film, ne demande plus une vengeance aussi brutale. Les cascadeuses ne vengent rien, elle gagne au jeu (c’est à peine si on leur force la main pour y participer). La vengeance, unique caution morale de la violence faite à Mike, n’est légitime que via la mémoire du spectateur. Death Proof est presque un film sur le témoignage, qui ne sait pas la première partie du film ne peut cautionner la mort de Russel (moralement s’entend).


Cette ambivalence, la métaphore sexuelle dont on a tant parlé ailleurs, et la scène « multi diffusion » de l’accident qui est un vrai fantasme pour tout fan de Cronenberg, font de ce Tarantino là un film largement appréciable en soi.


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Mais cette scission dans la narration ne peut masquer l’hyper linéarité des dialogues, dont la mise en scène remplie les trois quarts du long-métrage. Jamais un film de Tarantino s’est autant éloigné de la repartie duelliste et n’a laissé place à autant de monologues. On raconte des histoires désormais. Dans Pulp Fiction et Jackie Brown les histoires sont fatales (celles de Jules et de Marsellus), sont ce qui échappe à l’ordre du dialogue comme joute verbale, sont ce qui entraîne l’action. Death Proof rompt. Les histoires sont celles, interminables et opaques, de fillettes, fantasmées ou répétées jusqu'à devenir fable.
Death Proof est un film bavard, dans lequel le verbe ne tranche plus, n’impose plus le caractère de celui qui l’utilise mais impose un rythme, plus large, plus enveloppant qu’avant. Tarantino lui-même n’a plus besoin de s’écrire un personnage d’excité du verbe pour paraître comme tel dans le film. Les filles imposent ce rythme-là à Tarantino-le-barman. Le rythme comme la vengeance se donne/fait désormais par procuration. Le dire se fait communion, il faut phraser sur une même diction (en ce sens les actrices1179618459-death-proof.jpg font des miracles, leurs paroles s’entendent comme une musique plus importante que le sens véhiculé_ nous y reviendrons très vite), il faut longtemps dialoguer avant la prise de risque (le dialogue sur la route) non pas tant pour se mettre d’accord que pour se mettre en accord. Mike au contraire est celui qui ne partage pas ce rythme, cette communion. Sa culpabilité dans la seconde partie est celle de ne pas vouloir jouer la même note. Il veut sa communion seul, son risque à lui, et prend peur finalement devant la difficulté à l’imposer. Son meurtre, perpétué en groupe, est le meurtre d’une communauté de rythme sur un rythme solo.


L’opacité des dialogues impose outre un rythme une abstraction.
La majeure partie des dialogues relevant d’une culture si singulière, si personnelle, devient vite incompréhensible. C’est la façon dont Tarantino induit au film son hommage à la série B/Z. Parlant dans le vide le film devient un assemblage de figures évidentes ; évidentes parce que plus rien dès lors que les dialogues perdent le sens ne peut masquer ses figures, leur donner un contexte ou une texture de façade.

Death proof est un hommage à l’amitié, au rassemblement communautaire selon de nouvelles lois non plus sociales mais libres, à la culture si singulière qu’elle en devient opaque pour tout autre hors du groupe, au lieux, à la prise de risque, au danger vivifiant, à la mode écartée de son aspect normatif, aux échappés sans but, à Kurt Russel figure à lui seul, à la victoire de l’idéologie non plus de masse mais particulière, au fétichisme, au sexe mais surtout à la frustration qui lui donne son sens le plus mordant et précieux. Bref, à toutes les figures qu’aligne communément le cinéma-bis, mais sans le masque qui ailleurs font de ces figures des éléments narratifs, des principes d’action. Qu’on pense à la pom-pom-girl, death-proof-05.jpgfigure réjouissante mais costume inexplicable. Ici, seul le plaisir compte de les voir se développer, s’émanciper de l’histoire, se ritualiser sans but. Les figures jouissent d’exister pour elles-mêmes.


Quel hommage plus juste est-il possible de donner ? Être un navet en ce sens ne peut que participer de la réussite du film dans un genre ou les meilleures œuvres flirtent régulièrement avec l’échec du bon goût, rarement avec les canons du film d’auteur. Meilleur navet et meilleur film sur l’histoire de ce genre. Genre auquel n’a rien compris l’acolyte Rodriguez, qui n’aligne pas moins de ces figures dans Planet Terror mais s’en trouve rapidement embarrassé. Planet Terror est un mauvais film, digne de la filmographie de l’auteur, certainement pas un navet. Nuance.






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Mardi 16 octobre 2007
The Bourne Identity, The Bourne Supremacy, The Bourne Ultimatum,
Doug Liman, Paul Greengrass
2002, 2004, 2005.




Que reste-t-il d’un homme lorsque ses acquis culturels, ses déterminations sociales et ses affects idéologiques ont disparus ? C’est dans cette confusion, celle d’un nouveau-né factice, que s’ouvre brillamment la trilogie de Jason Bourne, agent secret amnésique repêché aux côtes de Marseille.
On se permet d'écrire sur la trilogie Jason Bourne car malgré deux réalisateurs à ses commandes, son scénario épuré, pour ne pas dire pauvre, permet un thématique claire et suivie, et l’on déconseille à qui n’a pas vu les films de ne pas lire plus en avant. A moins que pour lui les qualités esthétiques prime sur l’action.
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On a beaucoup parlé de la placidité de Matt Damon dans son rôle, et c’est normal, car les masques son rarement expressifs. La trilogie est avant tout l’histoire de deux hommes, David et Jason, fantôme d’une identité perdue et résidu sans mémoire mais non sans histoire du premier. Il faut à Jason parvenir à l’en deçà de sa naissance, dans les eaux maternelles de la Méditerranée, retrouver les détenteurs de ses gênes: David. Car Jason n’est pas un enfant comme les autres, il possède des tares sociales: super reflex, super intuition, super paranoïa, etc. Autant de superlatifs corporels indiquent une vie anormale, dangereuse peut-être; Jason est sans acquis culturel mais pas sans logique.
Nous voilà donc avec Jason, brave amnésique plein de louables intentions, à la recherche de David, homme dangereux qu’il faut poursuivre de loin; les moyens se font discrets, furtifs, à pas feutrés. Mais la donne change lorsque David, croit Jason, se révèle la victime potentielle d’un chantage. Double naissance: Jasons n’est pas seulement notre bon ange, il est aussi un produit immédiat de David. David a croisé Jason, le gouffre de la mer se referme, un Jason culturel a existé. Il faut trouver David et se venger pour lui de l'extraction au monde de Jason.
D’où le masque, placide. Notons, à la volée, qu’en deçà les motivations du Jason amnésique sont celles de Candide revenu de ses voyages: un potager et sa femme; tant pis pour l’intramondain.

Jason rappelle le masque théâtral et agit d’ailleurs pour des raisons qui ne le sont pas moins: venger la femme, retrouver le père (David), punir les ennemies de son frère (Jason pré amnésique). Il y a quelque chose de l’ange vengeur chez le personnage: inhumain (pas de relations conscientes à l’histoire et à la culture), surhumain (les pouvoirs donnés par son entraînement d’agent), sur-moralisateur (il faut punir). Le maître mots de la trilogie est bien celui-ci “punir”  car dès lors que Jason quitte la passivité (celle du premier épisode où il s’agit surtout de fuir une agression sans fondement) sa quête est celle d’une vengeance qui n’a de terme que face à l’impunissable: soi-même. Jason est chrétien, le suicide n'étant pas une option, on comprend que les films doivent s'arrêter là. L'émergence d’un Jason responsable n’a que peut d'intérêt narratif ou dramatique, Jason doit accepter. Point. Il n’y a pas, ou il ne devrait pas y avoir, matière à une autre histoire. Il faut plier face à la sphère du divin. Ce n’est pas pour rien que la rencontre avec Dieu dans une des scènes finales baigne dans la lumière blanche et irréelle de rayons lumineux venus du ciel.
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Jason expurge David. La mort culturelle est occasion à apprendre. David est un mauvais père et Jason est un enfant désiré. Finalement la trilogie est un film sur le mal (sans majuscule) et au fond, sa quotidienneté (permettez l’expression). Les intentions peu louables de David (l'avènement de Jason se fait dans le meurtre, l’acte de naissance communique la fonction, Jason est né pour tuer) ne gênent pas sa victoire; David est récompensé outre mesure: il s’oublie littéralement, organiquement même (l'amnésie). Si les adversaires de Jason sont dubitatifs, agacés face à lui, c’est que Jason est tout en l’ignorant un traître, un revirement situationnel peu orthodoxe: le tueur se veut ange.

Nous disions “apprendre” à propos de la remise à zéro socioculturelle et non comprendre  car ce qui nous est donné est un renseignement sans significations; des raisons qui poussent David à se vivre comme un tueur froid nous n’en savons rien.
C’est symptomatique que Jason l'amnésique ne cherche rien lui-même dans cette direction. Sa quête de vengeance s’achève dès que le coupable est trouvé, c‘est à dire personne directement. L’ange peut revenir à la maison. Ce que découvre Jason est un acte responsable au sens fort, et aussi mystérieux demeure-t-il, il n’a rien à redire sur la responsabilité et le devoir de chacun à en faire preuve. Le drame se transfigure en action ordinaire, action poussée seulement un peu plus loin que ce que l’on rencontre ordinairement.vlcsnap-13560922.png


    Le résidu extra-mondain qu’est Jason amnésique ne peut alors pas juger.
L’histoire contextuelle demeure intrinsèquement affaire... de contexte. Le contexte, c’est ce que Jason ne possède pas. Sa logique le préserve d’une vaine recherche.

Retour aux eaux: il s’agit de vivre maintenant avec l’histoire d’un autre. Ce qui, au fond, est le cas de tous, symboliquement.




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Mercredi 19 septembre 2007
Pourquoi Malick n'est pas un cinéaste de la nature.
   
   
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C’est
une erreur de faire de Malick le cinéaste de l'état de nature, de l’ordre sain, d’en faire en d’autres termes, un écolo moralisateur. D’abord parce que la nature chez Malick loin d'être une essence n’est tout simplement pas un objet à connaître, elle demeure un terrain, strict territoire comme contenant nécessaire de la vie.



En témoigne
ce qui est une évidence rarement relevée: personne ne regarde la nature dans l es films de Malick.
Les regards, au mieux, sont levés vers le ciel (Days of Heaven). Symboliquement autre, le ciel est vulgairement l’esquisse d’une percée dans le contenant, le contenant d’une autre nature. Les nombreux plans de flore qui pullulent dans La Ligne Rouge et dans Le Nouveau Monde ne coïncident jamais avec le regard des personnages, ce sont des inserts dépourvus de liaisons avec le signifiant narratif, strictement calés sur l’oeil de la caméra. Pocahontas elle-même n’a pas d’attention particulière pour la nature. Le seul objet intensif de sa préhension est le vaisseau anglais naviguant sur son fleuve, alors que les arbres dans cette scènes sont autant d’obstacle qu’il faut longer, de caches à travers lesquelles se faufiler, autant d’obstructions à l’engouement.

De fait, la joie ressentie par Pocahontas et son peuple, ou par Witt dans la ligne rouge, cette sorte d’innocence sévère, relève bien plus de la position éthique que de la culture. C’est pourquoi on peut la connaître dans un jardin anglais tout aussi bien que dans la jungle fauve, parée d’une robe classique ou d’une peau rudimentaire; c’est le sens de ces deux scènes sous fond wagnérien dans Le Nouveau Monde, c’est le sens de La Ligne Rouge. N’oublions pas que La Ligne Rouge se déroule dans le cadre idyllique d’un paradis perdu, n’oublions pas que si ce paradis est sans conteste l’occasion d’une joie nouvelle, d’une adéquation retrouvée, il est aussi celui de la cruauté inhérente à la guerre_ mais pas seulement : inhérente à l’amour, à l’absurde, à la socialisation. On peut m
ourir dans la nature et même, dans la plus belle nature. Surtout, on peut y tuer, on peut aussi y préserver son commerce habituel (les scènes avec le sergent-chef Welsh, celles avec George Clooney). On est d’ailleurs plus affecté par le monde extérieur que par le paradis trouvé : on pleure une épouse impatiente.

Le personnage de Rolfe (Chritian Bale) est un exemple supplémentaire: plus proche de la nature que le capitaine Smith (il se contente de cultiver ses terres et d’entretenir des besoins sagement contrôlés tout en se tenant à l’écart des commerces douteux qui accompagnent l’arrivée dans le nouveau monde) Rolfe n’est pas pour autant l'archétype de l’homme bon. Des problèmes persistent en lui, des affects le contrarient, des résistances l'empêche de parvenir à cette joie innocente qu’on attribue ordinairement à cet homme bon.
Smith est parfois plus proche de cette innocence que ne l’est Bale, sans que rien d’autre que son amour réciproque pour Pocahontas puisse être avancé comme solution. Smith d’ailleurs est décrit comme un "homme à problème", sa nouvelle vie au sein de la nature n’y change rien. C’est Pocahontas la seule cause de son changement. La nature brûle dans Days of Heaven mais cet événement n’est tragique qu’à l’instant où un amour contrarié le double ; il ne l’est pas en soi.

La nature est ce qui reste indifféremment à côté de nous et ce qui n’est jugé qu’à l’aune d’une certaine ouverture sur le monde. C’est parce que Witt a trouvé une paix intérieure q
ue sa nature est un flot paisible ; ni plus ni moins connaissable, ni plus ni moins obstruée, seulement reconnue comme l’adversaire ultime, celui avec lequel aucune confrontation n’est possible, la nature n’est pas magnifiée comme entité sociale ou lien éthique. Elle est un support malléable.

L’image, maintes fois répétée chez Malick, des corps désarticulés et souples qui nagent est symptomatique: l’acte de nager demande d’abandonner l’idée de confrontation, le nageur s'insère parmi. Au contraire, elle se fait littéralement terrain de jeux pour les protagonistes de Bad Land, car c’est l’ouverture qu’ils possèdent sur le monde: “jouer”, jouer à être James Dean notamment ; dans La Ligne Rouge la nature est à la fois le lieu d’angoisses existentielles et de retrouvailles métaphysiques ou encore de conflits ; à la fois le symbole des complexions sociales et de l’ordre arbitraire dans Le Nouveau Monde. Mais toujours, elle est outrancièrement belle dans ces plans sans regards pour rappeler l’objet autre, le substrat inaltérable qu’elle apparaîtra toujours être.

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Ce qu’exprime Malick à travers la place prépondérante de la nature dans ses films est l'altérité absolue entre l’homme, ses passions, et le lieu dans lequel il et elles s’exercent.
Mais cette altérité n’est pas synonyme à coup sure d’absurdité ou de tragédie irrépréhensible (c’est la grande différence avec Tarkovski où tout paraît dérisoire face à la marche obscure mais vivante du monde). Voilà peut-être ce qui échappe ordinairement et permet cette confusion sur le propos de Malick.
Cette altérité est aussi le support malléable des affects: il y a au autant de nature qu’il y a de regard porté sur le monde, à défaut de transcender et d’offrir des solutions, on offre un support solide: constat en mi-teinte. La nature est question d’homme, l’autre, celle sur qui se synthétise la globalité des regards possibles demeure “belle”, comme est beau tout ce qui est absolument étranger et le demeure.

Lorsque le récit du
Nouveau Monde se déplace dans l'Angleterre, c’est pour montrer ce que Pocahontas est capable de faire d’un nouveau monde (après avoir montré ce que Smith fait des terres sauvages sur lesquelles il accoste). Triste à son arrivée, le monde moderne ne peur pas accueillir une joie substantielle comme deus ex machina. Ce que connaît Pocahontas est une banale histoire d’amour ; banalement son quotidien en est affectés selon. Justement, c’est lorsqu’elle trouve un dénouement à cette histoire (le simple fait de pouvoir dire adieu à Smith et clôturer là un cycle) que l'Angleterre se charge d’affections joyeuse. On parcours alors les jardins minimales comme la forêt natale.222880.jpg
En ce sens, le nouveau monde pour Smith, n’est pas celui géographique de la découverte et de l’inconnu, mais celui du retour à zéro, d’un nouveau démarrage, ni meilleur ni pire, juste nouveau. Le titre du film prend un sens autre qu’historique, le nouveau monde dont il est question est tant celui de Smith que celui de Pocahontas, et renvoi plus au monde intérieur de leur passion qu’à tout autre.
Pas de naturalisme donc chez Malick, aucun du moins qui ne soit à chercher dans la présence confondante de l’objet nature.



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par Armand publié dans : Critique Film. communauté : Cinéma, Cinémaaa
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