Mercredi 9 avril 2008

 








Nouvelle rubrique, commençons :





The Fountain, Darren Aronofsky, 2006.

 

Aronofsky est un des réalisateurs surcotés de ces dernières années. Pi était à la limite du trip supra subjectif qui n’a plus qu’à proposer quelques figures sans liens. Requiem For A Dream forçait les traits stylistiques à la lisière de son récit, quitte à approcher la caricature, à la manière d’un P.T. Anderson. Et puis voilà, The Fountain, fable mystique qu’on compare à 2001. On oublie souvent que 2001 est le plus rationaliste des films de Stanley, mais bref. The Fountain était raté, le souffle n’y était pas, le récit perdait en partie la force déterministe qui fait le succès de Requiem, les figures plastiques manquaient de s’insérer correctement autour des personnages, des trois parties temporelles seule la dernière n’échouer pas à la reconstitution, Le style ténue de l’approche d’Aronofsky, tout entier réduit autour de deux personnages, ne trouvant une adéquation que dans la phase futuriste, où il sert enfin convenablement le propos.
Le propos d’ailleurs est à oublier. Trop claire ou trop confus, il renvoie trop à une multitude d’autres œuvres plus strictes ou plus inspirées. Reste l’imaginaire fort d’Aronofsky dans ce voyage abstrait, la décomposition de la corporalité, la relation au biologique. Le réalisateur propose une vision ultime des trips chamaniques de Blueberry (seule chose intéressante survenue dans le cinéma français de cette dernière décennie). Le virtuel de l’image trouve une signification et un équilibre convainquant dans ce qui rappel une mixage fort à propos des visions de Clark/Blake.
Mais en dehors de ça, le film peine à convaincre et réduit considérablement la portée de ces visions futuristes dans un méli mélo si symptomatique des œuvres totale_ qui se veulent comme. Et portant il est attachant.


M le Maudit,
Fritz Lang, 1931

Lang crée le film le plus judicieusement politique qu’on puisse faire. Plus épuré et directe que ces Dr Mabuse, M prend la forme d’un conte populaire avec son méchant aux attributs caractéristiques (le sifflement du dragon, les yeux globuleux de la sorcière, les signes de la folie latente des monarques totalitaires) et ses paysans effrayés mais corporatistes. Puis Lang renverse la donne dans un exemple de sur démocratisation de la morale : les paysans perdent leur qualité de groupe dans une individualisation élargie mais peu affable. L’acte politique est un déchirement du développement naturel de la communauté, la violence atteint non seulement le corps mais l’éthique des individus. On retrouve ces positions encore aujourd’hui, par exemple chez Johnny To. Visionnaire !
Le film est un trésor de mise en scène, alignant des figures expressives et suggestives d’une force peu commune et si caractéristiques de l’importance de Lang dans l’histoire du cinéma. Jamais strictement abstrait ou épure, M sait aussi plonger dans l’action et en créer une véritable dramaturgie_ ce qui fait défaut aux Dr Mabuse, simulacres dramatiques et plus arides.
L’étude de cette mise en scène dans la constitution de ces figures, et le rapport dialectique d’une figure à l’autre serait trop long à constituer. Au dessus de nos forces.


Film,
Samuel Beckett, 1965

L’exercice de style proprement beckettien, appliqué au cinéma. Le plus déstabilisant est encore la réussite totale de la compréhension de Beckett du média cinématographique. Le rôle de la camera, la dichotomie nécessaire qu’elle instaure entre les points de vue, la capacité du montage à créer un sens et une idée, la relation propre qui s’instaure entre le corps et son image-mouvement, tout est explicité et questionné dans le moyen métrage de Beckett. Film est à la fois conceptuel et simplement compréhensible, qu’importe le niveau d’abstraction auquel le spectateur se place. Et puis Buster Keaton, fantôme de son génie à la gestuelle parfaite, suffit pour induire du sentiment dans l’œuvre.
Seulement Deleuze a déjà tout dit sur Film, si bien qu’on ne ferait que paraphraser.


Le cinéma de Tarkovski.

Par où et quoi commencer ?
Tarkovski, outre la beauté plastique et stylistique de ses films, possède cette aptitude incroyable de créer des œuvres originales tout en se référant constamment/naturellement dans l’histoire du cinéma. Sans rien dénaturer de sa vision, sans jamais faire de l’hommage ou de la simple constatation. Seulement le cinéma de Tarkovski s’approche de l’œuvre totale, avec la sècheresse et les complications de mise, et ouvre autant de thématiques générales que de considérations simples et limitées qui emplissent à l’occasion ses plans. Aussi beau que ardu d’approche. L’ensemble demande un lente maturation/mastication.
On y viendra sans doute par le biais des
meilleurs plans.


Scènes de la Vie Conjugale, Ingmar Bergman, 1973

Comment convier quelqu’un à regarder les six scènes originales de l’œuvre la plus minimaliste de Bergman ?
Toute analyse devra mentionner les 5 heures de pellicule dont 4h50 sont constituées de dialogues, les 7 personnages dont 5 totalisent seulement 20 minutes d’apparition, les 6 uniques décors et peut-être la trentaine seulement de plans différents. De quoi décourager.
Et pourtant Bergman est largement un expérimentateur affuté,
Persona Les Fraises Sauvages, entre autres, expriment la pertinence de ses propositions les moins narratives et le fort à propos de leur utilisation au sein de récit sans cela linéaires. Peut-être que l’expérimentation dans Scène de la Vie Conjugale se tient dans la forme apparente d’un théâtre filmé avec le moins d’entrain possible. On a dit ailleurs à quel point croire en cette forme était illusoire, le caractère cinématographique de la série n’est pas en effet à remettre en cause. La proximité des facies des personnages est au combien fondamentale dans l’approche du spectateur. Néanmoins on peut s’insurger contre ce minimalisme avec l’argument du « c’est chiant ». Et c’est peut-être vrai tant la conception bergmanienne du couple n’est ni reluisante ni fantasmagorique.
Reste l’extrême concision de l’écriture de Bergman, qui ne perd jamais le fil de son sujet et paradoxalement à la durée de la série (cinq heures donc) ne s’entiche jamais de ce qui ne fait pas avancer cette autopsie du quotidien amoureux. Scène de la Vie Conjugale par sa pertinence analytique se pose en histoire absolue du couple et de ses transfigurations. La vision de Bergman est d’une clairvoyance triomphante et extraordinaire, s’approchant de ce que peut-être
Guerre et Paix pour l’étude historico sociale
La plus juste et belle d’histoire de l’amour. Sauf si on rechigne à comprendre en quoi la justesse est la forme dans laquelle se tient la plus grande concentration de beauté.


The Assassination of Jesse James by the Coward Robert Ford, Andrew Dominik, 2007

Un des meilleurs films de l’année passée selon nous, The Assassination est moins l’objet d’un étude qu’une proposition esthétique. Autour de l’acteur dans les milles formes que peut prendre le corps de Brad Pitt, autour du paysage dans les milles fonction qu’il peut entretenir, lieu narratif ou attache subjective. Autour des relations, dans la dialectique étrange qu’entretiennent Jesse et Robert. Autour du verbe, fait pour aliéner, pour impressionner, pour menacer ou poétiser le monde, pour construire une légende, ou pour la raconter, ou encore la nier. Le souffle qui parcourt le film est irréductible à l’analyse. Sans doute ses propositions prises une à une ne sont-elles pas d’une pertinence incroyable, mais Dominik constitue ce que beaucoup échouent à faire : une œuvre intègre et stable qui ne se réduit à aucune idée, à un aucun axe narratif.
The Assassination est autant la fresque d’un bandit mystérieux, que l’histoire d’une trahison, que celle d’une amitié, que celle de la chute simultanée de deux êtres dans leur projet, que l’illustration d’une époque. Encore, c’est l’incroyable synthèse des forces en jeux dans l’univers. Un tableau strict à l’exécution parfaite de la complexité des étants dans un microcosme donné. Il y a quelque chose de subtilement Nietzschéen dans le film, dans son projet de synthèse non réductive des forces mais aussi dans ses personnages. Jesse James d’ailleurs ne se laisse t-il pas mourir après avoir approché la complexion inassimilable du réel dont il est dépendant ?
Le film se rapproche en cela du tristement passé inaperçue
Lust, Caution d’Ang Lee. Le plus beau film de cette année pour l’instant. De ce dernier il faudra qu’on en parle.





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par Armand publié dans : On n'en parle pas. communauté : Cinéma
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Mardi 8 avril 2008
Le cas Haneke.





    La bonne Naomi Watts, le très sérieux Tim Roth et le arty Michael Pitt. On a au moins le droit de penser que l’adaptation U.S. d’un des films les plus importants de la décennie européenne passée sent bon.
Le 23 avril sort donc un Funny Games à l’étrange suffixe, remake concocté par Haneke lui-même de son film de 98.
Dix ans, est-ce le temps qu’il aura fallu à l’Amérique pour devenir toute entière un « jeu rigolo » ?

Certains pensent que sur un credo semblable, Caché était plus subtile que Funny Games. Ici et là on en parle en effet du rapport à la violence, du rapport à l’extrinsèque, du rapport au transcendantal : dans Caché, une vidéo sans mobile tel l’idéal de Vertzov qu’on dépose angéliquement, au sens stricte du terme ; des supra individus du spectacle dans Funny Games, qui n’agissent que dans le prolongement  d’un spectateur possible. Il y a des points de comparaisons entre les deux films.
Néanmoins Funny Games gagne la palme de la clarté là où Caché invite maladroitement à l’interprétation subjectivante. Les interviews accordées par Haneke à l’époque montrent qu’il n’y a pas lieux de tergiverser. Funny Games est un film sur la représentation de la violence et le rôle du spectateur au sein de cette présentation. Cela fait sans doute de Funny Games un exercice de style, moins subtile que le psychologique et bourgeois Caché. On oublie alors que la subtilité de Caché est empruntée en partie à Lost Highway.

Si Caché constitue la face lynchéenne d’une problématique, Funny Games se rattache clairement  à Godard est peut se résumer en une version slasher d’A Bout de Souffle.
Les mêmes mécanismes, faux raccords, regard camera, rembobinage live, sont employés. La différence se trouve dans le l’aspect militant du film d’Haneke. Quand Godard joue avec l’image cinématographique et en propose un démantèlement en direct et en toute transparence, il est certes possible d’y voir un désir de mise en garde face à la facilité apparente de l’image et de son message, mais le plus probable est encore l’attachement profond de Godard à l’objet cinématographique qui le mène à en exhiber l’essence, celle du mouvement et du montage, à rendre substantiel la narration elle–même comme un objet fini d’esthétique.
Haneke n’agit pas dans Funny Games pour la beauté de l’art bien qu’il calque complètement les procédés de Godard et son amour pour les idées protocolaires.
Il semble d’abord que le moteur premier du film est l’aversion du cinéaste pour la violence scénarisée. Pointer du doigt que la violence est avant tout une attente de spectateur et un enjeu de spectacle est la grande idée du film. En ce sens il en propose une mise en scène parfaite et adéquate.
Le clin d’œil camera si dérangeant au moment où l’on s’apprête à tuer un chien fonctionne selon la loi de l’offre et de la demande. Vous le voulez, je le fais. Pourquoi dès lors rendre opaque le contrat explicite qui se forme entre le cinéaste et son public ?
Ce même contrat est mis en mal lors de la scène « rembobinage brutale ». Haneke y substitue une libération par la redistribution des rôles. C’est à partir de là que le contrat acquière une véritable fonction réflexive. Il ne s’agit pas de proposer simplement une mise en relief mais de révéler une nature hypocrite, une ambigüité sourde : le désir du spectateur que le contrat soit brisé et que cette cassure, au fond, soit une close propre du contrat. Soyez violent mais punissez-les par la suite afin que le spectacle ne dérange pas.
Mais s’il s’agit d’un désir de catharsis, allez vous détester le film parce qu’il finit mal ? Parce qu’il substitue le happy end conformément admis, celui qui doit replacer le spectateur dans un ordre moral plus justifiable, par un épilogue plus probable, celui où le tueur tue ?
Tant de violence certes, mais une fin heureuse comme seul cadre possible pour en jouir. C’est le schéma que Funny Games rejette et dénonce.

Car de fait on ne jouit pas du spectacle de la violence si cette dernière condamne la narration entière et possède des répercussions sur le final de l’œuvre. C’est tout l’apport puritain du cinéma de genre américain : soit on violente et on est puni, alors on jouit, soit la punition n’a pas lieu, signe que la violence doit être prise au sérieux et honte à qui en a jouit.
Seul Tarantino a su dans ce contexte proposer une voie médiane, celle où la jouissance côtoie sans l’opacifier le problème de la violence et de ses répercussions. C’était le principe des sauts temporels de Pulp Fiction qui permettaient à la fois de jouir du spectacle puis de s’en préoccuper. C’était aussi le rôle des scènes esthétisantes d’History of Violence de Cronenberg qui précédent les inserts de plans gore : le geste violent peut être spectaculaire, ses conséquences, elles, sont moins reluisantes.
Le caractère gratuit que revendiquent les tueurs de Funny Games dans leurs actes entre dans un principe semblable. Le fait qu’aucune excuse ne soit ni proposée ni recherchée, et que cette absence de cause soit elle-même mise en relief dans le film, participe à la déconstruction du contrat. L’excuse, souvent la folie ou le traumatisme, est un lieu d’ingestion, elle permet d’ingérer la violence et son plaisir sans risquer l’assimilation avec le tueur. On ne risque pas, nous, de devenir violent par plaisir, puisque l’on n’est pas fou. Seulement dans le film d’Haneke, les barrières traumatiques sont inexistantes. Quelle différence entre tuer et vouloir que quelqu’un soit tué ?

Ce que donne Funny Games est l’occasion d’une jouissance non pas de la punition mais de l’acte. Vous venez pour jouir mais il faudra trouver ce plaisir dans l’entre-deux moral. Pouvez-vous renier avoir joui lorsque vous pensiez que la punition adviendrait ?
Non sans stupéfaction, les tueurs partent avant leur méfait et reviennent aussi vite. Sans raison ni à leur départ ni à leur retour. Etes-vous vraiment gêné par ce retour, qui est aussi la promesse de l’acte ? Si vous l’êtes, pourquoi êtes-vous venu payer pour voir ce qui se présente sans détour comme l’histoire d’une séquestration ?
Voilà une forme du pamphlet que l’on apprécie par dessus tout, celle de la démonstration par l’absurde : Funny Games premier du nom est violent, particulièrement violent.
Il constitue presque une réponse au Scream de Craven. Sorti un an plus tôt, le film proposait une déconstruction semblable. La proposition de Craven avait le tort néanmoins de réinstaurer le contrat au sein d’un final punitif.
Tarantino est intéressant car Death Proof entretient des liens évidents avec cette « histoire de contrat » de Funny Games.
Chez l’un comme chez l’autre, la jouissance ne se justifie pas, cause d’un manque évident de punition juste. On peut trouver légitime la punition finale de Death Proof, mais il faut alors chercher sa légitimité dans une première partie sans liens, en faire dés lors quelque chose d’un peu artificiel. Seul le spectateur pouvait apprécier moralement cette punition. Problème si on se réfère au monde narratif. Dans le monde de Death Proof, la punition finale n’est pas tellement juste. On vous renvoie à notre critique. Et pourtant la jouissance existe, elle constitue même l’autre versant de Death Proof. Haneke est plus stricte. Funny Games est avant tout la longue expiation d’un spectateur qui a fait vœux de contrat.

Si on parle de Funny Games c’est que l’idée d’un remake est étrange de la part même de Haneke. Qu’ajouter de plus à une démonstration qui souffre assez peu des ses imperfections passagères ?
On en reparle dés que la chose est visible.









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par Armand publié dans : Humeur. communauté : Cinéma
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Samedi 5 avril 2008
Le Cas Anderson.






Difficile d’accoucher d’une note sur There Will Be Blood, le chef d’œuvre qui rassemble les gens qui ne fréquentent plus le cinéma. Difficile car du dernier Paul Thomas Anderson, on ne sait que penser. Il y avait Magnolia et sa volonté de mythe, Punch Drunk Love et son désir de décalage, il y a aujourd’hui There Will Be Blood et son élan universaliste, tendant vers l’œuvre totale. Ses tares sont d’autant plus troublantes qu’à l’inverse des deux précédents, un souffle réjouissant parcours le dernier né. Souffle qui a  à voir avec le reniement des effets de style les plus patauds d’Anderson et une volonté évidente de jouer dans et avec l’histoire du cinéma : le western, la fresque, le biopique, la géographie, la petite histoire qui explique la grande.

There Will Be Blood est applaudit pour toutes ces ambitions, on pense au contraire qu’il intéresse parce qu’il n’en remplit aucune. Les promesses trahies constituent des cas plus palpitants que celles tenues, mollement.



Les premières scènes du film flirtent avec la perfection. On pense à Hemingway ou à McCarthy, au merveilleux La Route qui entretient quelques correspondances. Camera ample, précise, ode à la sècheresse stylistique, contusions expressionnistes qui contaminent la musique même, rapport vitale et inquiétant à la terre. On le cherche si loin ce rapport qu’on tombe sur l’incarnation du lien même : l’or noir qui comme rien lie les hommes et la terre. La terre, c’est sans doute le seul compagnon à la mesure de Daniel. L’horizon s’effondre dans l’antre artificiel de Daniel, on pénètre un homme tel qu’il pénètre en lui-même. Plus tard Daniel, dans un dialogue fraternel, apparaîtra particulièrement transparent sur lui-même sa cruauté son caractère sa haine des individus. Puis advient l’explosion, les accidents et l’indifférence de Daniel.

Que le détachement paisible de Daniel intervienne si tôt dans le récit empêche toute interprétation initiatique du film. Daniel ne pèche jamais vraiment, la quête n’est pas expiatoire. There Will Be Blood n’est pas la fresque attendue. Ainsi cette placidité face à l’accident de son fils est la même qui sauve ce dernier plusieurs années auparavant lorsque le père biologique est tué. La colère finale ne se raccorde pas à la déchéance, elle est juste l’ultime expression d’une individualité qui ne peut faire face à ses propres mécanismes.Car Daniel ne partage pas seul le film.



Il y a aussi Eli le mystique un peu schizophrène_ un peu comme toute religion, qui trouvera l’unité plus tard. Lorsque le prêcheur avouera son désir de capitale, lorsqu’Eli en somme, cessera de cacher Paul. En attendant, Eli relève d’une névrose équivalente à celle de Daniel. Les deux se mettront rapidement d’accord sur une mésentente cordiale. Un imposteur ne peut souffrir de l’exercice d’un autre imposteur. Les rencontres entre Daniel et Eli oscillent d’intensité. Elles sont aussi fondamentales qu’accessoires, aussi symboliques que nécrosées.

Ceci explique peut-être l’étrange impression que le film passe à coté de son sujet, Anderson délaissant et accentuant en même temps cet axe narratif. C’est sans doute que l’oscillation est le résultat même des modalités de la rencontre. En ce sens la relation Eli/Daniel ne peut s’approfondir ni créer quoi que ce soit d’emblématique. Les deux se ressemblent trop pour qu’advienne une progression entre eux. Leur couple ne peut rien déclencher. Chacun retourne très vite à sa sphère d’imposture. Capitale contre religion, travail contre prière. Communauté financière contre spirutuelle.

Désamorce, contournement, brusquerie aussi brève que stérile, sont les seules modalités à travers lesquelles peut s’exprimer le couple.

Un exemple : on croit que Daniel atteint un certain point de non retour dans le subterfuge lorsqu’Eli l’oblige à avouer sa foi. Quelque chose semble remonter en lui avec la force du pétrole. Nada. Rien ne se passe. Daniel pleure un peu puis repars comme il est venu. Suspect et dubitatif. Entérine un peu plus, peut-être, dans sa haine des hommes.

Ce qui n’est d’ailleurs pas certain. Pas certain du tout que Daniel subisse une différence d’intensité entre les premiers et les derniers plans du film. Daniel est la longue assurance de trouver ce qu’il cherche. Méticuleux, placide. On trace une ligne à travers les paysages sans s’inquiéter des distances. Avant ça, on a creusé de manière équivoque.

De toute façon Daniel est un oil man. Il a ça dans le sang, avec sa misanthropie et son obstination. On admet sa déception lorsqu’il comprend que ce n’est pas le cas de son frère (et pour cause).


Cela donne parmi les plus beaux plans du film. Un horizon amputé, le mouvement des vagues, l’ombre porté sur l’un, celle d’une menace devant laquelle on baisse la tête. Le frère n’a décidemment pas les épaules de l’imposture. Il ne veut pas
mouiller sa personne comme l’imposture totale l’exige. Daniel lui regarde, mais le plan ne montre rien. Sa terre s’arrête littéralement en bordure de plage. C’est vers elle que l’on regarde pendant la baignade.











On tue le frère. Daniel est extrémiste mais ne commet pas d’erreur. Sauf une peut-être, celle de reprendre son fils. C’est l’occasion du seul véritable acte de folie de Daniel, l’humiliation qu’il inflige sans la savourer à son concurrent. Elle est humiliante pour les deux parties.

L’abandon n’était pas l’expression d’un utilitarisme absolu. Il se fait d’ailleurs dans les larmes, touchantes car sincères, d’un être qui en délaisse un autre pour un mieux. Celui d’une éducation et d’un monde plus adapté à son handicap. Les retrouvailles, elles, souffrent d’un manque de raison, que le chapitre final équilibre : sous un prétexte absurde et sur-joué on re-renie enfin le fils.

On peut aussi y voir la contradiction de tout libéralisme, qui ayant pour vecteur la concurrence se vexe d’en trouver une.

 
Ce qui reste inexpliqué est la situation finale de Daniel. On sait que ce libéralisme là est une façade derrière laquelle se cache une incapacité vitale. Un malheur à être. C’est encore Daniel qui contemple la terre depuis

la mer. Incapable de contempler en somme, ce qui n’a pas d’attrait direct.

Que ferais-je de devenir riche ? Sous entendu qu’il n’y a pas en moi l’équivalent du pétrole pour la terre. Aucun nectar. La fascination de Daniel pour cette terre là s’explique enfin.

Que fait donc Daniel dans sa tanière dorée ? Il est reclus sans aucun doute, comme l’atteste le décorum inutilisé de la maison, l’artificialité évidente depuis laquelle Daniel l’envisage.

Elle est là l’imposture finale. Faire croire qu’une vie curieuse peut naître miraculeusement après l’ennui, sous prétexte qu’on l’a étouffé, ce dernier, avec tant de force durant tant d’année. Daniel garde en lui le vide qui caractérise l’interprétation de Day Lewis. Sa façon dont le corps semble surjouer l’intérêt, l’éveil, tracer un espace utile dans l’espace insignifiant. A l’image du bowling grotesque : une farce, le symbole burlesque qu’on peut s’amuser mais qu’on doute en être capable.

Advient la vérité : le fait qu’on ouvre un crane pour retrouver cet or noir, substantiel, étrange, fascinant.








There will Be blood, de Thomas paul Anderson, Walt Disney Studio Motion Pictures France, 2008.



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par Armand publié dans : Les bons plans. communauté : Cinéma
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Vendredi 4 avril 2008





Il est possible que dans le futur le blog Retour Sur change quelque peu de ligne éditoriale, prenant notamment un aspect plus théorique. Ce changement d’approche sera également accompagner d’un élargissement de son domaine d’intérêt à celui de la photographie.
Principalement pour des raisons personnelles.
Le fait que la photographie représente notre activité principale, qui empiète sur celle du blog.



Il est difficile, voir même peu intègre de constituer un fond critique à l’usage d’autrui sans rendre transparent le fond culturel qui gouverne inconsciemment à cette construction.
On comprend mieux les textes de Barthes, c’est à dire qu’on les comprend plus adéquatement, lorsqu’on connaît ses racines phénoménologiques. On comprend d’ailleurs pas grand chose aux poèmes de Nietzsche si on ne sait pas quelle forme prend principalement son œuvre : celle de la philosophie, celle d’une certaine philosophie.
Mais comme toute raison personnelle peut être théorisée afin de masquer le caractère egocentrique de sa motivation, voilà donc théorisées nos egocentriques motivations.

- En premier lieux, si le cinéma, la bd, la musique sont les stars d’internet et des blogs, il n’existe à notre connaissance aucun endroit où on se penche sérieusement sur la photographie. Autrement que commercialement s’entend. Ce qui constitue en soi une bonne raison pour y palier.
Pour ceux au fond de la classe ce qu’on vient de faire dans ces dernières phrases est ce qu’on nomme une dialectique religieuse : faire passer les intérêts personnels pour des intérêts humanistes.
- Deuxièmement, l’étude croisée de la photographie et du cinéma, en s’attachant aux mécanismes de l’un ne peut que faire ressortir, au moins en creux, les singularités de l’autre. Et inversement. Et ce d’autant plus qu’enfin :
- Malgré leurs singularités propres et constituantes (il s’agira bien de défendre ces singularités et non de créer un pelle mêle artistique), photographie et cinéma partagent un petit quelques chose, presque rien, inoffensif, transparent si on n’y prête pas garde : ce qu’on nomme l’image.
L’esthétisation de l’image, c’est à dire sa construction, c’est à dire la construction de sa valeur d’exposition comme le dirait Benjamin, est la base de la photographie et du cinéma. Du moins est-ce un principe commun.



C'est pour marquer la transition que nous allons parler du fantastique documentaire de Christian Frei, War Photographer, qui s’attache à esquisser un portrait de la photographie de reportage à travers l’emblématique James Nachtwey, membre de l'agence Magmun.
On ne s’attardera pas sur les qualités du document proposé. En place et lieux il vaut mieux rappeler les exigences fondamentales auxquelles doit répondre tout document, et laisser entendre que War Photographer les remplit toute au delà des espérances.



Avant que ne se profile le poids social de la télévision et de ses images, être un faiseur de document était un métier sérieux. Entendons par là un métier jeté face à des juges plus pertinents et exigeants que l’individu consommateur.
Un des faiseurs le plus célèbre de documents est sans doute Eugene Atget. Atget a constitué un fond de document photographique sur la vie et les lieux du Vieux Paris au 19eme. Ce fond ne possède aucun pareil, ni en quantité ni en qualité. La précisons du regard d’Atget sur son sujet lui a permis d’accumuler une formidable somme d’information au sein d’un cliché unique. Car le document n’est jamais tel en soi. Pour l’historien, un bas relief antique perd sa fonction décorative pour gagner celle de source informative.
La valeur du document est immédiatement dépendante du caractère hétéroclite des informations qu’il donne. Plus il renseigne, plus il comble les points de vue possibles qui peuvent s’y attacher, plus le document est pertinent. Mieux il atteint sa fin. Ceux d’Atget sont bien finis car ils donnent une réponse tant à l’architecte qu’au peintre, tant au sociologue qu’à l’urbaniste, tant à l’historien qu’à l’artisan, etc. Cela fait du documentaire un métier difficile qui s’exerce dans l’exigence d’absorber une infinité de point de vue possible, de question advenant sans s’annoncer.
Voilà brièvement ce qu’on est en droit d’espérer d’un document : une approche du sujet loin de parfaire à la simple illustration. Une approche saturée de richesses.

Pour finir sur Atget, son importance est d’autant plus considérable qu’on a découvert dans son travail des qualités indéniables d’auteur. Atget n’a pas su en quelque sorte réprimer complètement le résultat de sa confrontation au sujet. Quelque chose de sa subjectivité s’incruste dans son œuvre.

Pour reprendre l’idée d’Heidegger, un certain monde s’ouvre dans l’ouverture des photographies d’Atget. En l’état, celui où la culture érige une barrière opaque à toute analyse, comme le fleuve ne laisse rien apparaitre de lui dans un seul verre extrait de son eau.
La chose mérite d’autant plus de respect que jamais malgré ce statut d’auteur la valeur documentaire de ses photos ne soit à remettre en question.


Retournons à ce qui nous intéresse plus particulièrement dans War Photographer : l’esthétique de l’information.



War Photographer
Christian Frei
2001




    Cette question naît d’une apparente contradiction dans le discours de Nachtwey sur son métier. Nachtwey fait reposer justement l’utilité de ses photographies sur leur aspect documentaire, loin de tout discours esthétique. La photo de guerre est construite pour rendre compte. Rendre compte d’un ordre chamboulé, d’un chao intarissable, d’une manière de vivre absurde, intolérable, d’une ouverture sur le monde qu’on ne souhaitera à personne d’avoir. Bref, tout ce qu’il y a de contre nature dans la guerre, la pauvreté, le conflit, la violence sans mesure.
Nachtwey est un homme mesuré lui. On sent rapidement en lui une gravité autre que celle de l’humaniste bourgeois face au plus mal chanceux des prolétaires. Il suffit de voir le tact extraordinaire avec lequel il prend ses photographies, l’humilité avec laquelle il approche ses sujets et celle qu’il accorde à son rôle. Cette même humilité, certainement dument construite avec le temps, l’empêche tout à fait de tomber dans ce discours humanitaire. Seulement, aussi peu idéaliste soit-on, pour Nachtwey la place d’une photographie de reportage n’est pas vraiment dans une exposition.
Nachtwey propage ici un discours largement répandu dans l’inconscient collectif, qu’un homme écorché ou abimé par un obus militaire ne peut pas être beau. 1
Déjà, il y a ici une mécompréhension de la place de la beauté et du rôle des éléments qui forment la totalité d’une image.


Historiquement, on ne confond pas Capa ou Depardon avec le premier photographe venu, on ne confond d’ailleurs pas non plus les photographies de l’un avec celles de l’autre. Non pas que Capa soit meilleur photographe que Depardon. Seulement, leurs photographies relèvent d’approches esthétiques différentes. De quoi osons-nous parler ? D’esthétique ? Est-ce à dire que les travaux de Depardon et Capa ne sont pas documentaires ?
Une photographie de Nachtwey de part sa géométrie, sa force d’évocation, la proximité qu’elle impose, le mouvement dont elle fait part, n’est pas comparable avec le divers des images de guerre.
Une hiérarchisation des images de reportage s’impose donc d’elle-même.
On peut tabler sur plusieurs caractères de valorisation pour hiérarchiser le reportage : la singularité du sujet, son extraordinaireté, sa capacité à accrocher l’attention, à faire naitre l’empathie, etc. D’emblée il faut prévenir contre l’aspect réducteur de tels critères. Nachtwey serait-il bon photographe parce que ses images sont horribles ? Meilleur photographe que Depardon lorsque ce dernier exécute des portraits "sages" d’hommes politiques ? Dans cette optique les paysages américains de Robert Adams ne peuvent trouver d’intérêt que dans le reste du monde, pour qui ces paysages constitueraient une découverte, une curiosité. Clairement pas. Les paysages d’Adams valent par son travail sur les perspectives, sa façon subtile de faire apparaître le désert civilisationnel là où même les hommes demeurent.


L’aspect esthétique est un critère indéniable de valorisation de l’image-reportage, aussi inconsciemment que puisse opérer ce critère. Les photos de famine faites par Nachtwey échappent au voyeurisme morbide, à la curiosité,  parce qu’elles font de la famine un moment d’esthétique.
Une esthétique qui assure d’emblée que le regard n’est pas celui d’un paparazzi ou d’un touriste en quête de sensationnel. L’esthétique est le fruit d’une conversation avec son sujet, d’une réflexion aussi minime soit-elle sur la place à donner au regard.

On ne s’empêche pas pour autant de refuser viscéralement le qualificatif de beau. "C’est horrible ca ne peut pas être autre chose en même temps." N’oublions rien: dans la photographie d’un homme amputé, ce n’est pas l’homme qui est horrible, ce n’est pas lui qui est pas beau. L’horreur vient à coup sure de sa situation, non de sa nature. Si les enfants amputés pouvaient prétendre à une vie normale, si les enfants africains amputés pouvaient prétendre à un niveau de vie équivalent à celui qu’ils trouveraient par exemple en France, ils n’auraient plus rien d’horribles. On parle et on juge bien d’un état de fait.
C’est la leçon baudelairienne : une prostitué n’est pas horrible, seul son métiers exige des états horribles. Beauté et horreur de la situation peuvent cohabiter.

Plus qu’une possibilité, c’est une exigence fondamentale de tout bon reportage.
Comme le sublime kantien qui offre dans un même mouvement l’exposition/contemplation d’un évènement exceptionnel et l’instant d’une compréhension du caractère fragile et fini de toute vie, la photographie de reportage doit lier plaisir esthétique et déplaisir face au sujet. Si les photos de Nachtwey n’étaient pas si belles tout en présentant des sujets si horribles, elles rateraient complètement leur fonction qui est celle d’une prise de distance face à l’actualité.
Montrer la guerre ne signifie rien qu’une dépêche AFP ne fasse pas aussi bien. Monter esthétiquement la guerre pose le spectateur face au dilemme de sa position. L’homme kantien qui contemplant la tempête depuis le rocher prend dans cette distance toute la proportion de sa fragilité. Au sein de la tempête, seuls agiraient des instincts de survie. Trop loin d’elle, un pur regard curieux. Mais à bonne distance, protégé et à la fois trop proche pour la nier selon l’envie, le spectateur ne peut que sentir le danger existentiel auquel il échappe. Dans lequel il pourrait plonger. C’est le sublime : un moment de contemplation esthétique qui met en jeu toute la position existentiel de l’homme, sa morale, son organisation, sa finitude, son désir de spectacle même.
Le mécanisme de Kant anticipe la venue de l’image : elle doit être un moment d’esthétique pour que le spectateur puisse opérer cette distanciation et trouver en son sein l’occasion d’une remise en cause. Sans quoi l’image tombe le divers des actualités : une actualité possible parmi tant d’autres.

La gêne qui est cette distance adéquate de transfiguration du spectacle s’incarne dans la beauté plastique et ambiguë de l’image.
Pour extrémiser un peu notre propos et le rendre claire : l’image d’un enfant amputé ne donne qu’une information d’actualité, un état de fait qu’il est possible ou pas d’ingérer. L’image esthétique d’un enfant amputé, le fait qu’il soit l’occasion d’une construction artistique, donne l’élément que cherche tout reporter consciencieux : la mise en situation du spectateur. Non pas se mettre à la place de cet enfant, mais comprendre la situation anti organique, anti vitale qui est en jeu. Le bouleversement de l’ordre quotidien remis en question dans le sublime kantien.
L’horreur de la guerre est tel : qu’on ne soit pas tous en guerre. C’est à dire qu’elle ne soit pas un évènement normale.



L’intérêt de Nachtwey tient à sa proposition esthétique et non pas tant à ses sujets de reportage. La multiplication de ses reportages dont War Photographer nous propose un court éventail doit être prise non pas comme la volonté d’illuster toute chose, de faire le tour de la question, que comme celle de diversifier l’occasion du sublime. Le danger de l’anti organique, et donc, l’exigence d’être préventif, de faire attention, doit être trouvé tant dans une guerre africaine que dans une banlieue new yorkaise. L’equilibre instable n’est pas l’exception d’un tiers monde, elle est celle d’une société fantasmée qui tend à le nier. Que cette société afin d’affaiblir un instant son fantasme expose dans ses musée les photographie reportage de Nachtwey, et de tant d’autres, constitue certainement le soubresaut le plus intéressant de l’évolution de la photographie et de l’information.

In fine, la photographie de guerre ne dénature rien de sa fonction, prise en quatre murs blancs, face à des touristes pressés. C'est peut-être tout le contraire.







1 : En fait, sur ce que Nachtwey propage ou ne propage pas, il faudrait modérer notre propos. Il y a une nécessité vitale pour l’artiste de former une fable autour de son travail, sans laquelle aucune force ne pourrait être mise en mouvement pour le réaliser. Que Nachtwey postule que ses photographies n’ont pas de place dans un musé relève de cette sorte d’exigence.
On ne risque pas sa vie à l’autre bout du monde pour divertir les touristes au Louvre. Par contre il est sans doute plus facile de la risquer si l’on pense pouvoir informer d’un état de fait et faire ainsi progresser cet état vers le mieux. La gravité de Nachtwey et la modération dans son propos humanitaire relève sans doute de la conscience de son propre schématisme. Mais enfermez les photos de Nachtwey dans un musée sans aucune possibilité pour qu’elles soient exploitées à titre d’information, et vous annihilerez sans doute dans l’homme tout courage pour poursuivre son travail.
Une Ferrari ne devrait pas être enfermée 364 jours par an dans un garage. Ca ne signifie pas qu’elle ne l’est pas en réalité. Seulement qui voudrait construire des voitures qui ne rouleraient qu’une fois l’an ?







Illustration: extraits de War Photographer, de Christian Frei. Photographies: James Nachtwey.




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par Armand publié dans : Critique Film. communauté : Cinéma
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