Mardi 16 octobre 2007
The Bourne Identity, The Bourne Supremacy, The Bourne Ultimatum,
Doug Liman, Paul Greengrass
2002, 2004, 2005.
Doug Liman, Paul Greengrass
2002, 2004, 2005.
Que reste-t-il d’un homme lorsque ses acquis culturels, ses déterminations sociales et ses affects idéologiques ont disparus ? C’est dans
cette confusion, celle d’un nouveau-né factice, que s’ouvre brillamment la trilogie de Jason Bourne, agent secret amnésique repêché aux côtes de Marseille.
On se permet d'écrire sur la trilogie Jason Bourne car malgré deux réalisateurs à ses commandes, son scénario épuré, pour ne pas dire pauvre, permet un thématique claire et suivie, et l’on déconseille à qui n’a pas vu les films de ne pas lire plus en avant. A moins que pour lui les qualités esthétiques prime sur l’action.
On a beaucoup parlé de la placidité de Matt Damon dans son rôle, et c’est normal, car les masques son rarement expressifs. La trilogie est avant tout l’histoire de deux hommes, David et Jason, fantôme d’une identité perdue et résidu sans mémoire mais non sans histoire du premier. Il faut à Jason parvenir à l’en deçà de sa naissance, dans les eaux maternelles de la Méditerranée, retrouver les détenteurs de ses gênes: David. Car Jason n’est pas un enfant comme les autres, il possède des tares sociales: super reflex, super intuition, super paranoïa, etc. Autant de superlatifs corporels indiquent une vie anormale, dangereuse peut-être; Jason est sans acquis culturel mais pas sans logique.
Nous voilà donc avec Jason, brave amnésique plein de louables intentions, à la recherche de David, homme dangereux qu’il faut poursuivre de loin; les moyens se font discrets, furtifs, à pas feutrés. Mais la donne change lorsque David, croit Jason, se révèle la victime potentielle d’un chantage. Double naissance: Jasons n’est pas seulement notre bon ange, il est aussi un produit immédiat de David. David a croisé Jason, le gouffre de la mer se referme, un Jason culturel a existé. Il faut trouver David et se venger pour lui de l'extraction au monde de Jason.
D’où le masque, placide. Notons, à la volée, qu’en deçà les motivations du Jason amnésique sont celles de Candide revenu de ses voyages: un potager et sa femme; tant pis pour l’intramondain.
Jason rappelle le masque théâtral et agit d’ailleurs pour des raisons qui ne le sont pas moins: venger la femme, retrouver le père (David), punir les ennemies de son frère (Jason pré amnésique). Il y a quelque chose de l’ange vengeur chez le personnage: inhumain (pas de relations conscientes à l’histoire et à la culture), surhumain (les pouvoirs donnés par son entraînement d’agent), sur-moralisateur (il faut punir). Le maître mots de la trilogie est bien celui-ci “punir” car dès lors que Jason quitte la passivité (celle du premier épisode où il s’agit surtout de fuir une agression sans fondement) sa quête est celle d’une vengeance qui n’a de terme que face à l’impunissable: soi-même. Jason est chrétien, le suicide n'étant pas une option, on comprend que les films doivent s'arrêter là. L'émergence d’un Jason responsable n’a que peut d'intérêt narratif ou dramatique, Jason doit accepter. Point. Il n’y a pas, ou il ne devrait pas y avoir, matière à une autre histoire. Il faut plier face à la sphère du divin. Ce n’est pas pour rien que la rencontre avec Dieu dans une des scènes finales baigne dans la lumière blanche et irréelle de rayons lumineux venus du ciel.
Jason expurge David. La mort culturelle est occasion à apprendre. David est un mauvais père et Jason est un enfant désiré. Finalement la trilogie est un film sur le mal (sans majuscule) et au fond, sa quotidienneté (permettez l’expression). Les intentions peu louables de David (l'avènement de Jason se fait dans le meurtre, l’acte de naissance communique la fonction, Jason est né pour tuer) ne gênent pas sa victoire; David est récompensé outre mesure: il s’oublie littéralement, organiquement même (l'amnésie). Si les adversaires de Jason sont dubitatifs, agacés face à lui, c’est que Jason est tout en l’ignorant un traître, un revirement situationnel peu orthodoxe: le tueur se veut ange.
Nous disions “apprendre” à propos de la remise à zéro socioculturelle et non comprendre car ce qui nous est donné est un renseignement sans significations; des raisons qui poussent David à se vivre comme un tueur froid nous n’en savons rien.
C’est symptomatique que Jason l'amnésique ne cherche rien lui-même dans cette direction. Sa quête de vengeance s’achève dès que le coupable est trouvé, c‘est à dire personne directement. L’ange peut revenir à la maison. Ce que découvre Jason est un acte responsable au sens fort, et aussi mystérieux demeure-t-il, il n’a rien à redire sur la responsabilité et le devoir de chacun à en faire preuve. Le drame se transfigure en action ordinaire, action poussée seulement un peu plus loin que ce que l’on rencontre ordinairement.
Le résidu extra-mondain qu’est Jason amnésique ne peut alors pas juger.
L’histoire contextuelle demeure intrinsèquement affaire... de contexte. Le contexte, c’est ce que Jason ne possède pas. Sa logique le préserve d’une vaine recherche.
Retour aux eaux: il s’agit de vivre maintenant avec l’histoire d’un autre. Ce qui, au fond, est le cas de tous, symboliquement.
Retour sur.
Blog cinèma.
On se permet d'écrire sur la trilogie Jason Bourne car malgré deux réalisateurs à ses commandes, son scénario épuré, pour ne pas dire pauvre, permet un thématique claire et suivie, et l’on déconseille à qui n’a pas vu les films de ne pas lire plus en avant. A moins que pour lui les qualités esthétiques prime sur l’action.
On a beaucoup parlé de la placidité de Matt Damon dans son rôle, et c’est normal, car les masques son rarement expressifs. La trilogie est avant tout l’histoire de deux hommes, David et Jason, fantôme d’une identité perdue et résidu sans mémoire mais non sans histoire du premier. Il faut à Jason parvenir à l’en deçà de sa naissance, dans les eaux maternelles de la Méditerranée, retrouver les détenteurs de ses gênes: David. Car Jason n’est pas un enfant comme les autres, il possède des tares sociales: super reflex, super intuition, super paranoïa, etc. Autant de superlatifs corporels indiquent une vie anormale, dangereuse peut-être; Jason est sans acquis culturel mais pas sans logique.
Nous voilà donc avec Jason, brave amnésique plein de louables intentions, à la recherche de David, homme dangereux qu’il faut poursuivre de loin; les moyens se font discrets, furtifs, à pas feutrés. Mais la donne change lorsque David, croit Jason, se révèle la victime potentielle d’un chantage. Double naissance: Jasons n’est pas seulement notre bon ange, il est aussi un produit immédiat de David. David a croisé Jason, le gouffre de la mer se referme, un Jason culturel a existé. Il faut trouver David et se venger pour lui de l'extraction au monde de Jason.
D’où le masque, placide. Notons, à la volée, qu’en deçà les motivations du Jason amnésique sont celles de Candide revenu de ses voyages: un potager et sa femme; tant pis pour l’intramondain.
Jason rappelle le masque théâtral et agit d’ailleurs pour des raisons qui ne le sont pas moins: venger la femme, retrouver le père (David), punir les ennemies de son frère (Jason pré amnésique). Il y a quelque chose de l’ange vengeur chez le personnage: inhumain (pas de relations conscientes à l’histoire et à la culture), surhumain (les pouvoirs donnés par son entraînement d’agent), sur-moralisateur (il faut punir). Le maître mots de la trilogie est bien celui-ci “punir” car dès lors que Jason quitte la passivité (celle du premier épisode où il s’agit surtout de fuir une agression sans fondement) sa quête est celle d’une vengeance qui n’a de terme que face à l’impunissable: soi-même. Jason est chrétien, le suicide n'étant pas une option, on comprend que les films doivent s'arrêter là. L'émergence d’un Jason responsable n’a que peut d'intérêt narratif ou dramatique, Jason doit accepter. Point. Il n’y a pas, ou il ne devrait pas y avoir, matière à une autre histoire. Il faut plier face à la sphère du divin. Ce n’est pas pour rien que la rencontre avec Dieu dans une des scènes finales baigne dans la lumière blanche et irréelle de rayons lumineux venus du ciel.
Jason expurge David. La mort culturelle est occasion à apprendre. David est un mauvais père et Jason est un enfant désiré. Finalement la trilogie est un film sur le mal (sans majuscule) et au fond, sa quotidienneté (permettez l’expression). Les intentions peu louables de David (l'avènement de Jason se fait dans le meurtre, l’acte de naissance communique la fonction, Jason est né pour tuer) ne gênent pas sa victoire; David est récompensé outre mesure: il s’oublie littéralement, organiquement même (l'amnésie). Si les adversaires de Jason sont dubitatifs, agacés face à lui, c’est que Jason est tout en l’ignorant un traître, un revirement situationnel peu orthodoxe: le tueur se veut ange.
Nous disions “apprendre” à propos de la remise à zéro socioculturelle et non comprendre car ce qui nous est donné est un renseignement sans significations; des raisons qui poussent David à se vivre comme un tueur froid nous n’en savons rien.
C’est symptomatique que Jason l'amnésique ne cherche rien lui-même dans cette direction. Sa quête de vengeance s’achève dès que le coupable est trouvé, c‘est à dire personne directement. L’ange peut revenir à la maison. Ce que découvre Jason est un acte responsable au sens fort, et aussi mystérieux demeure-t-il, il n’a rien à redire sur la responsabilité et le devoir de chacun à en faire preuve. Le drame se transfigure en action ordinaire, action poussée seulement un peu plus loin que ce que l’on rencontre ordinairement.

Le résidu extra-mondain qu’est Jason amnésique ne peut alors pas juger.
L’histoire contextuelle demeure intrinsèquement affaire... de contexte. Le contexte, c’est ce que Jason ne possède pas. Sa logique le préserve d’une vaine recherche.
Retour aux eaux: il s’agit de vivre maintenant avec l’histoire d’un autre. Ce qui, au fond, est le cas de tous, symboliquement.
Retour sur.
Blog cinèma.
par Armand
publié dans :
Critique Film.
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