Il y a un moment où il faut choisir une ligne éditoriale stricte (privilégier l’analyse au
point de vue, privilégier les œuvres sur lesquelles on a quelque chose à dire au détriment des œuvres sur lesquelles on aimerait avoir quelque chose à dire, quitte à être
anachronique, quitte à ne pas parler seulement du cinéma qu’on aime, quitte à ne pas satisfaire son sens du slogan, j’en passe) afin de ne pas ressembler à n’importe quel blog comme il en pullule
partout, surtout, afin de proposer quelques chose qui n’existe pas déjà sur allocine.fr. Puis, il y a un moment où on s’en fout, un moment où le fun narcissique et cynique des classements de fin
d’année prend le pas sur l’éthique rédactionnelle.
Oui, les classements ne servent à rien sinon à impressionner les goûts élitistes et la mauvaise foi de son voisin. Non, Retour Sur ne s’épargnera pas de patauger dans les
derniers relents alcooliques de la nouvelle année. Voilà donc le top 2007 des meilleurs sorties cinéma. Top où ne figure quasi aucun film asiatique ni aucun film français… car
nous les avons tous manqué. Voilà donc un top bancal s’il en est. Le pléonasme trouvera au moins quelques explications logiques pour une fois.
- L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, d’Andrew Dominik
Où Brad Pitt, barbu, enfouit dans une fourrure, nous livre un personnage crépusculaire au sein d’une longue fable naturaliste sur la place du discours. On reconnaîtra ceux qui ont du goût de ceux
qui ont des appétits.
- Les promesses de l'ombre, de David Cronenberg,
Où il est démontré que l’intégrité est un comportement aliéné. On en reparlera, on espère. - La nuit nous appartient, de James Gray,
Où l’on ne baise jamais. - Death Proof, de Quentin Tarantino,
Où le féminisme est traité au niveau du machisme, avec la même hype, avec le même constat piteux. - My Blueberry Nights, de Wong Kar-Wai,
Où il ne se passe rien en dehors d’un cadre qui accroche la beauté au détour d’une love story sans intérêt. Peut-être l’absolu d’un cinéaste qui a, jusqu’alors, traité avec beaucoup de sérieux
l’amour. - Zodiac, de David Fincher
Où Gerry est un monde seventies dans lequel on tourne autour du pot avec la même envie de rejoindre l’autoroute, au passage d’une épure de la mise en scène. - 28 semaines plus tard, de Juan Carlos Fresnadillo
Où le zombie sportif trouve pour la première fois sa légitimité. - Le Rêve de Cassandre, de Woody Allen,
Où le christianisme toujours gagne, non sans avoir coupé des têtes lors de ces plus fâcheux égarements.
On retiendra la bonne forme du néo-classicisme américain, tant celui des anciens (Gray) que celui des nouveaux venus (Cronenberg, Dominik). La bonne forme des anciens tout
court : Kar-Wai et Lynch donnant une leçon de mélo au grand continent, Tarantino signant son meilleur navet. On félicitera le nouveau-né Syndromes and a century, une bonne chose en soi
(paraît-il), mais on félicitera surtout le vieux Resnais de ne pas avoir fait de film cette année. Allen poursuit sa renaissance en dent-de-scie avec, dans ce film old-school ironisant sur le
social, une bonne pioche en 2007. Johnny To tire trois fois dans le cœur de la cible (Election 1 & 2, Exiled) mais rate une place dans le classement : l’hésitation fait toujours
mauvaise impression. Kubrick est toujours mort en 2007. Friedkin tremble de rage et de fatigue, son Bug accuse de l’un et de l’autre. Harry Potter se voit offrir une cinquième
illustration, le film offre surtout celle de la suprématie des mots. Smokin’aces ravi aux Simpson la critique aigue des Etats Unis, pendant que Crank ridiculise Snyder et son
300 au rayon cartoon décomplexé. Plus loin vers la gauche l’Asie se porte à merveille : pas moins de deux Kim Ki-duk cette année, un Apichatpong, un Wong Kar-Wai, un Jia Zhang-Ke, un Tsai
Ming-Liang, un mauvais Park Chan-Wook, un Yimou, La Cité Interdite, qui prouve à lui seul combien My Blueberry Nights est sublime, et j’en passe. Au niveau des doublons, Ridley
Scott nous assure par deux fois qu’il possède toujours aussi peu de talent que son frère (c’est très peu) et Rodriguez a toujours aussi peu d’estime pour le cinéma et le sien en particulier.
Pendant que Coppola prépare la naissance d’un immortel, son neveu prépare l’enterrement d’une époque fertile et crédible (crédible surtout semble être le bon mot en comparaison) avec les
extraordinaires Wicker Man et Ghost Rider, des leçons de cinéma par l’absurde.
Une année en patchwork donc, à l’image des accents d’Eastern Promises. Et surtout une bonne année pour la lubricité américaine avec, sans exhaustivité, Little Children, Black
Snake Moan, We Own The Night.
2008, une année plus proche que la précédente du prochain Malick.
L’écriture de ce top et le retour sur la soixantaine de films que nous avons vu cette année est surtout l’occasion de réaliser que cinématographiquement parlant, 2007 aura surtout brillé en ce
qui nous concerne par la création de ce blog, plus que par la qualité générale des films que nous avons vu (mais nous en avons raté beaucoup parmi les plus prometteurs). Vous trouverez la
critique de La nuit nous appartient ici, celle sur la trilogie Jason Bourne ici, Death Proof là, 28 semaines plus tard ici, ainsi que des billets sur Eastern Promises ici et là en ce qui concerne Little Children, et enfin par là pour Je suis
une légende.
Pour en terminer sur les tops, Chroni'art a publié un top 10/10 ans des plus intéressants. Et je ne dis pas ça parceque leur
top se rapproche beaucoup de celui que nous pourrions constituer, mais aussi parceque les critiques vers les films primés sont disponibles via lien.