Mercredi 18 juin 2008
The Happening va marquer une nouvelle étape dans la réception publique de Shyamalan. Son adaptation
blockbuster en deux parties d’Avatar risque fort de devenir la nouvelle bête noire du studio producteur alors que ce nouveau film continue la radicalisation iconoclaste de son cinéma, entamée
avec Le Village.
Mais avant de parler du film à l’affiche, revenons sur les anciens.
Les histoires plaisent. Et 6ème Sens à quelques bons moments de mise en scène près doit entièrement son succès à la pénurie d’histoire qui le précède. Tant Mieux.
Ces grands moments formels qui parsèment le film ont amené Incassable. Chef d’œuvre de dramaturgie où chaque ligne narrative venait renforcer les autres avec une puissance égale, évitant l’écueil du film héroïque : la dualité bancale entre les actes mineurs et majeurs, entre l’intime - chiant, naïf - et le public - dantesque, herculéen. Du coup Incassable joue le fantastique sur le mode du chuchotement, du croisement aléatoire. Comme son héro, l’anormale se croise au détour d’un accident ou d’une foule de gare. Il se juge dans le regard inquiet d’une compagne, dans l’estime retrouvé d’un fils pour son père et se vit dans la douleur d’un passage à l’acte moins aisé qu’il n’est conté.
Alors du coup il sera moins question d’extraordinaire que de blocage traumatique. Moins question de sauveur que de pénitent.
Outre la capacité de Shyamalan à mettre en scène des histoires sensés, Incassable révèle son incroyable dextérité à manier une économie de moyen, rappelant les grandes formes de Hitchcock ou de Kubrick. Le fondu en blanc avant le déraillement du train devient plus expressif que la plus grosse explosion de Michael Bay. La scène de la sortie de l’hôpital rappelle le travelling arrière de Frenzy ou encore le dernier duel de Barry Lyndon: la même prudence, la même délicatesse devant l’effet recherché.
Evidemment tout en signant le seul vrai film de super héro Shyamalan produit le film de super héro le moins avenant qui soit. Ceux qui apprécient peu le cinéma (et la modernité) se méfient, les autres ouvrent l’œil.
Passe Signes, remake inavoué de Trouble With Harry de Hitchcock, où il s’agit de laisser faire le destin, stricto sensus, qui s’occupe mieux des cadavres que quiconque. Spielberg reprendra le message au mot prêt dans sa Guerre des Mondes face à un public aussi peu enthousiaste. Dans Signes comme dans la Guerre la conclusion – la seule qui soit pertinent de retenir – est terrible : rien ne préserve mieux la communauté que son ouverture vers le monde_ l’eau/l’aire, dieu/l’organisme, le hasard/la nature. Alors qu’elle_ la communauté, n’est qu’un conglomérât de frustration et d’affects négatifs liés par l’affection.
Aussi bon soit l’ex père Graham il est nécrosé par sa phobie de la perte, aveugle du coup aux obsessions qui parcourent sa famille. C’est en s’exposant ouvertement au danger qu’on sauve sa famille. L’incapacité à être attentif aux menaces actuelles pour n’envisager comme menace que les remords passés est la grande ligne de Signes.
On peut se demander du coup si les plans qui terminent le film (les seuls qui sous-entendent vraiment une mystique) ne sont pas des pièces rapportées par le très conservateur Gibson, qu’on s’étonne par ailleurs de voir présent ici.
La communauté sera le centre névralgique du Village. Film majeur, déployant un point de vue sur l’Histoire que n’aurait pas renier Tolstoï, bac d’expérimentation où l’on démontre que la peur ne provient pas tant de l’inconnue que de l’itération à outrance et que l’on peut construire un film sur 1h45 de twist et 10 minutes de corpus placé à la fin. Et non plus l’inverse.
Le Village et son final poussif constitue la première transformation de l’écriture de Shyamalan_ et son projet d’adapter Avatar semble le confirmer : aller vers des scénarii plus simples où l’histoire n’est plus un contenu mais un contenant. C’est d’ailleurs la métaphores globale du film : la culture (les croyances, les rites, les histoires contées, etc.) est une enceinte pour les psychoses d’une communauté et ne dit rien sur la vérité.
On comprend que la portée politique (on préfèrera parler d’intérêt) du cinéma de Shyamalan devient évidente avec Le Village. La fable est une manifestation de la politique des hommes. Le saccagement d’une fête par des créatures en tous sens fabuleuses est un acte punitif de la communauté envers ses membres dissidents.
Une histoire plus simple et l’abandon du twist vont constituer le superbe Lady In The Water, film rejeté par Disney qui rate là le plus beau conte cinématographique de la décennie.
La Jeune Fille de l’Eau joue sur la capacité à être dupe, à accepter comptant un état de fait. Les plus déçu des spectateurs sont sans doute ceux qui attendait une autre fin au film. A l’inverse des personnages qui bien que trompés un temps sur leur fonction renaissent dans l’histoire grâce à leur capacité à croire, à rester attaché à la jeune fille dont il est question. En ce sens le final et son apparition fantastique sont la meilleure récompense qui soit. Une récompense émouvante où le merveilleux ampli le ciel, fantomatique, colossale, majestueux et familier. L’histoire est sauve et elle ne trompe plus. Ce qui est dit est ce qui est.
La contradiction avec le Village, où tout ce qui est conté/raconté voir même ritualiser est faux, n’est qu’apparente. Apparente seulement car Lady est précédé d’un prologue (sic) qui narre avec exactitude le protocole d’exercice qui mènera le début de l’histoire à sa fin. Et pourtant à moins de s’en tenir au rituel décrit (confirmé par la suite), ce prologue est faux. Faux parce qu’il omet l’essentielle de l’histoire, c’est à dire les bouleversements vécus, les subjectivités brisées ou transformées qu’il suppose, les efforts à fournir, les petites fins dont il faut s’acquitter et qui sont autant d’obstacles douloureux et traumatiques pour mériter La fin, la grande.
L’histoire (le prologue) ment à la manière dont elle mentait déjà sur le monde dans Le Village.
Par ailleurs Lady In The Water se rapproche sur bien des points des travaux écrits de Neil Gaiman et de toute cette mouvance qui s’intéresse plus à la manière des histoires qu’aux histoires en elles-mêmes. Ce sont les spirales de mise en abyme sur le rôle du metteur en scène et du conteur, appuyés par le rôle primordial interprété par Shyamalan en personne au sein du film. Mais comme chez Gaiman, le fait de mettre en exergue les mécanismes ancestraux qui forment les histoires n’annule pas la magie de celles-ci. L’exemple parfait de cette dichotomie sourde et muette est la scène dans Le Village où Ivy est poursuivie par une créature. En fait Noah (Adrien Brody) déguisé, le spectateur ayant était préalablement prévenu de la supercherie. Pour autant difficile de ne pas croire contre, difficile de ne pas croire Ivy poursuivit par une créature vraie.
La peur opère, plus forte sans doute qu’elle perd tout encrage raisonnable : pourquoi avoir peur d’un simplet grossièrement déguisé ? Parce que comme le répète inlassablement Allan Moore, il y une magie propre à ces symboles - plans, mots - et à leur irréductible assemblage.
C’est ainsi qu’invisibles la plus part du temps, aisés à nier, les « sangliers herbus » de Lady sont pourtant plus terrifiants que toute chose parce qu’ils mettent en péril cette magie du conte en menaçant de l’achever brutalement. Et en même temps ils augmentent en puissance cette même magie, la rende plus précieuse et plus fragile.
C’est une des superbes idées du film que ces créatures camouflées et la peur qu’elles insufflent. Ou pas. Puisque toute dépendante de la valeur qu’on décide de donner à la fable.
De l’invisible et de la croyance en ce qui est rapporté, il en sera largement question dans The Happening.
Cependant, en même temps que les histoires de Shyamalan deviennent plus simples elles sont aussi plus hermétiques. Extraites de leurs aspects symboliques ou métaphoriques leur intérêt immédiat se fait discret. Le twist de The Village est surtout un extraordinaire pied de nez narratif digne du classique collégien « il se réveilla soudainement et tout n’était qu’un rêve ». L’aplomb avec lequel The Lady file vers sa conclusion, une conclusion en tout point identique à l’annonce du prologue, peut surprendre. Imaginons une comédie romantique où la rencontre s’achèverait en mariage sans le moindre petit accro. The Happening ne va pas inverser ce mouvement.
On a déjà vu un film semblable en 2006, c ‘était l’extraordinaire The Children of Men d’Alfonso Cuaron, film dont l’histoire suivait une voie si classique qu’elle devenait surréaliste et choquante. Deux termes qui qualifient bien le dernier Shyamalan.
Mais avant de parler du film à l’affiche, revenons sur les anciens.
Les histoires plaisent. Et 6ème Sens à quelques bons moments de mise en scène près doit entièrement son succès à la pénurie d’histoire qui le précède. Tant Mieux.
Ces grands moments formels qui parsèment le film ont amené Incassable. Chef d’œuvre de dramaturgie où chaque ligne narrative venait renforcer les autres avec une puissance égale, évitant l’écueil du film héroïque : la dualité bancale entre les actes mineurs et majeurs, entre l’intime - chiant, naïf - et le public - dantesque, herculéen. Du coup Incassable joue le fantastique sur le mode du chuchotement, du croisement aléatoire. Comme son héro, l’anormale se croise au détour d’un accident ou d’une foule de gare. Il se juge dans le regard inquiet d’une compagne, dans l’estime retrouvé d’un fils pour son père et se vit dans la douleur d’un passage à l’acte moins aisé qu’il n’est conté.
Alors du coup il sera moins question d’extraordinaire que de blocage traumatique. Moins question de sauveur que de pénitent.
Outre la capacité de Shyamalan à mettre en scène des histoires sensés, Incassable révèle son incroyable dextérité à manier une économie de moyen, rappelant les grandes formes de Hitchcock ou de Kubrick. Le fondu en blanc avant le déraillement du train devient plus expressif que la plus grosse explosion de Michael Bay. La scène de la sortie de l’hôpital rappelle le travelling arrière de Frenzy ou encore le dernier duel de Barry Lyndon: la même prudence, la même délicatesse devant l’effet recherché.
Evidemment tout en signant le seul vrai film de super héro Shyamalan produit le film de super héro le moins avenant qui soit. Ceux qui apprécient peu le cinéma (et la modernité) se méfient, les autres ouvrent l’œil.
Passe Signes, remake inavoué de Trouble With Harry de Hitchcock, où il s’agit de laisser faire le destin, stricto sensus, qui s’occupe mieux des cadavres que quiconque. Spielberg reprendra le message au mot prêt dans sa Guerre des Mondes face à un public aussi peu enthousiaste. Dans Signes comme dans la Guerre la conclusion – la seule qui soit pertinent de retenir – est terrible : rien ne préserve mieux la communauté que son ouverture vers le monde_ l’eau/l’aire, dieu/l’organisme, le hasard/la nature. Alors qu’elle_ la communauté, n’est qu’un conglomérât de frustration et d’affects négatifs liés par l’affection.
Aussi bon soit l’ex père Graham il est nécrosé par sa phobie de la perte, aveugle du coup aux obsessions qui parcourent sa famille. C’est en s’exposant ouvertement au danger qu’on sauve sa famille. L’incapacité à être attentif aux menaces actuelles pour n’envisager comme menace que les remords passés est la grande ligne de Signes.
On peut se demander du coup si les plans qui terminent le film (les seuls qui sous-entendent vraiment une mystique) ne sont pas des pièces rapportées par le très conservateur Gibson, qu’on s’étonne par ailleurs de voir présent ici.
La communauté sera le centre névralgique du Village. Film majeur, déployant un point de vue sur l’Histoire que n’aurait pas renier Tolstoï, bac d’expérimentation où l’on démontre que la peur ne provient pas tant de l’inconnue que de l’itération à outrance et que l’on peut construire un film sur 1h45 de twist et 10 minutes de corpus placé à la fin. Et non plus l’inverse.
Le Village et son final poussif constitue la première transformation de l’écriture de Shyamalan_ et son projet d’adapter Avatar semble le confirmer : aller vers des scénarii plus simples où l’histoire n’est plus un contenu mais un contenant. C’est d’ailleurs la métaphores globale du film : la culture (les croyances, les rites, les histoires contées, etc.) est une enceinte pour les psychoses d’une communauté et ne dit rien sur la vérité.
On comprend que la portée politique (on préfèrera parler d’intérêt) du cinéma de Shyamalan devient évidente avec Le Village. La fable est une manifestation de la politique des hommes. Le saccagement d’une fête par des créatures en tous sens fabuleuses est un acte punitif de la communauté envers ses membres dissidents.
Une histoire plus simple et l’abandon du twist vont constituer le superbe Lady In The Water, film rejeté par Disney qui rate là le plus beau conte cinématographique de la décennie.
La Jeune Fille de l’Eau joue sur la capacité à être dupe, à accepter comptant un état de fait. Les plus déçu des spectateurs sont sans doute ceux qui attendait une autre fin au film. A l’inverse des personnages qui bien que trompés un temps sur leur fonction renaissent dans l’histoire grâce à leur capacité à croire, à rester attaché à la jeune fille dont il est question. En ce sens le final et son apparition fantastique sont la meilleure récompense qui soit. Une récompense émouvante où le merveilleux ampli le ciel, fantomatique, colossale, majestueux et familier. L’histoire est sauve et elle ne trompe plus. Ce qui est dit est ce qui est.
La contradiction avec le Village, où tout ce qui est conté/raconté voir même ritualiser est faux, n’est qu’apparente. Apparente seulement car Lady est précédé d’un prologue (sic) qui narre avec exactitude le protocole d’exercice qui mènera le début de l’histoire à sa fin. Et pourtant à moins de s’en tenir au rituel décrit (confirmé par la suite), ce prologue est faux. Faux parce qu’il omet l’essentielle de l’histoire, c’est à dire les bouleversements vécus, les subjectivités brisées ou transformées qu’il suppose, les efforts à fournir, les petites fins dont il faut s’acquitter et qui sont autant d’obstacles douloureux et traumatiques pour mériter La fin, la grande.
L’histoire (le prologue) ment à la manière dont elle mentait déjà sur le monde dans Le Village.
Par ailleurs Lady In The Water se rapproche sur bien des points des travaux écrits de Neil Gaiman et de toute cette mouvance qui s’intéresse plus à la manière des histoires qu’aux histoires en elles-mêmes. Ce sont les spirales de mise en abyme sur le rôle du metteur en scène et du conteur, appuyés par le rôle primordial interprété par Shyamalan en personne au sein du film. Mais comme chez Gaiman, le fait de mettre en exergue les mécanismes ancestraux qui forment les histoires n’annule pas la magie de celles-ci. L’exemple parfait de cette dichotomie sourde et muette est la scène dans Le Village où Ivy est poursuivie par une créature. En fait Noah (Adrien Brody) déguisé, le spectateur ayant était préalablement prévenu de la supercherie. Pour autant difficile de ne pas croire contre, difficile de ne pas croire Ivy poursuivit par une créature vraie.
La peur opère, plus forte sans doute qu’elle perd tout encrage raisonnable : pourquoi avoir peur d’un simplet grossièrement déguisé ? Parce que comme le répète inlassablement Allan Moore, il y une magie propre à ces symboles - plans, mots - et à leur irréductible assemblage.
C’est ainsi qu’invisibles la plus part du temps, aisés à nier, les « sangliers herbus » de Lady sont pourtant plus terrifiants que toute chose parce qu’ils mettent en péril cette magie du conte en menaçant de l’achever brutalement. Et en même temps ils augmentent en puissance cette même magie, la rende plus précieuse et plus fragile.
C’est une des superbes idées du film que ces créatures camouflées et la peur qu’elles insufflent. Ou pas. Puisque toute dépendante de la valeur qu’on décide de donner à la fable.
De l’invisible et de la croyance en ce qui est rapporté, il en sera largement question dans The Happening.
Cependant, en même temps que les histoires de Shyamalan deviennent plus simples elles sont aussi plus hermétiques. Extraites de leurs aspects symboliques ou métaphoriques leur intérêt immédiat se fait discret. Le twist de The Village est surtout un extraordinaire pied de nez narratif digne du classique collégien « il se réveilla soudainement et tout n’était qu’un rêve ». L’aplomb avec lequel The Lady file vers sa conclusion, une conclusion en tout point identique à l’annonce du prologue, peut surprendre. Imaginons une comédie romantique où la rencontre s’achèverait en mariage sans le moindre petit accro. The Happening ne va pas inverser ce mouvement.
On a déjà vu un film semblable en 2006, c ‘était l’extraordinaire The Children of Men d’Alfonso Cuaron, film dont l’histoire suivait une voie si classique qu’elle devenait surréaliste et choquante. Deux termes qui qualifient bien le dernier Shyamalan.

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par Armand
publié dans :
Humeur.
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Cinéma
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multiples personnages et enjeux universalistes. Mais d’emblée Southland Tales pose
problème : le champs narratif dans sa globalité n’appartient pas au film. 





