
Teeth, Mitchell
Lichtenstein, 2008
Postulant une approche grave et ironique de la sexualité et du teen-movie, Teeth embarque son
réalisateur dans une gêne constante. Passé les vingt premières minutes d’une exposition pleine de charme, la subtilité nécessaire à un tel projet trouve un écho inadéquat dans un burlesque mal
venue et assumé de moitié seulement. Teeth passe du meilleur des expériences cronenbergiennes à la pire série Z tartinée de thématiques réservées au cinéma plus rude d’auteur. Le traitement
exagéré de ces thèmes (inceste, soif de vengeance, mutation mentale, rapport à la norme) au sein d’une mise en scène malade de ses retentions plonge le film dans la caricature. Le final est
autant un doigt d’honneur bien placé qu’une insulte gratuite. Vain, sauf en parfait exemple d’un ratage.
Paranoid Park, Gus Van Sant,
2007
On l’avait raté en 2007. Il aurait mérite une place d’honneur. Paranoid Park constitue sans doute
l’expérience ultime des transformations du cinéma de Van Sant depuis l’époustouflant Gerry. Moins autiste que ce dernier, moins aride qu’Elephant et moins extrémiste que Last Days, Paranoid
trouve le bon équilibre entre narration empathie et questions formelles. Sur une base
de récit proche d’Elephant, le film déploie les figures auditives et temporelles expérimentées dans la trilogie pour former le portrait poignant d’une adolescence gâchée par une naïveté
passagère. Le regard plus étriqué, concentré sur son personnage, le flamboiement de la mise en scène peut concentrer la réception psychique du protagoniste et du spectateur de l’événement sans le
perdre dans les lenteurs extrinsèques des films précédents.
Pour certains, le refus d’une dramatisation trop grande empêchera le film d’atteindre les sommets. Mais depuis Gerry, Van Sant n’est plus un réalisateur à oscar. Ouf.
Juno, Jason Reitman, 2008
Juno a t-il hérité d’un oscar ? (On n’en sait rien, sincèrement). Supputons : Sans doute
pas. Pas assez dramatique justement pour émouvoir la schizophrénie américaine. Pourtant il put tirer profit d’une hypothétique envie de légèreté, tant le reste est oscarisable dans Juno.
Personnalité avenante et touchante, performance (modérée) d’acteur, sujet chorale, rapport fantasmatique au quotidien, mise en scène discrète, ton ironique balbutiant qui empêche d’être trop
corrosif et sujet un peu (mais un tout petit peu) provoquant. On a tout dit. Juno ne dérive jamais de
sa
gentille trajectoire et de son punk érudit.
Reitman était plus performant quand il voulait taper plus fort (Thank You For Smoking). La sagesse est mère de… de quoi justement ?
Rec, Placo Plaza & Jaume Balaguero,
2008
Film honteusement surcoté du mois dernier, Rec n’en demeure pas moins une expérience intéressante
dans sa première partie. Seulement pourquoi accorder au film ce qu’on voudrait nier dans Blair Witch ? Les deux films sur une base technique semblable évoquent aussi une structure identique,
des débuts plan-plan à la fin ésotérique, et jouent sur la même insurrection d’une violence graduée et massive au sein d’un terrain neutre. Blair Witch emmagasinait une terreur franche et
nouvelle, celle de l’étroitesse de la position humaine dans l’environnement, via le biais du cadre étriqué de la camera subjective. Rec rejoue le refrain en accentuant les effets de style jusqu’à
épuisement, exemple cette fin burlesque plus qu’il ne le faut. Une camera filmant plafond et sol dans un ample mouvement de bascule suffit-elle à construire l’horreur ?
Pas certain qu’enregistrer des images suffise à faire un film.
Et pourquoi ne pas retourner voir Blair Witch sinon ?
Cloverfield, Matt Reeves, 2008
Autre exercice autour de la camera subjective, le projet d’Abrams tire haut la main son épingle du
jeu. La volonté du film de ne pas respecter le drame intimiste auquel prépare le procédé technique mais d’y lier les efforts du blockbuster américain conforte la forme tout en élargissant le
fond. Les plus belles scènes de Cloverfield prennent le parti moins de la subjectivité que de l’anonymat de la camera. Pas de starlette de la télévision pour imposer le récit. Avant d’être un
individu effrayé, le cameraman invisible de Cloverfiel est surtout un être curieux, époustouflé autant que subjugué par le spectacle grandiose des forces extraordinaires en jeu. En deçà des
réserves qu’on peut émettre à escalader un building moitié effondré, il y a le plaisir esthétique prit à constater cet évènement physique. Un extraordinaire dont on serait mal aisé de dire s’il
appartient tant à la créature du film ou au balais jouissif de soldats et chars américains tirants à tout va sur une entité supérieure dans les rues de New York.
60 minutes de métrage prépare à la vision depuis le ciel non pas d’un monstre mais d’une divinité, une supra force, conforté par le mutisme total du récit sur les explications au
pourquoi. Ca a été. Et
« ca » a été visiblement
plus fort que les hommes.
John Rambo, Sylvester Stallone, 2008,
Un autre monstre.
Est-il vrai qu’avant de rentrer au bercail un américain se doit de frapper fort dans les coutumes locales de son pays transitoire en explosant, par exemple, une cinquantaine de crane haut perché
depuis sa mitraillette gros calibre ? Stallone répond oui, Rambo, plus dubitatif malgré tout, veux bien étudier la proposition_ ma foi plutôt convaincante.
Retour Sur.
ajouter un commentaire commentaires (0) recommander